L’image est forte, symbolique, presque irréelle. Ce vendredi à Washington, la République Démocratique du Congo et le Rwanda ont officiellement signé un accord de paix qualifié d’historique, sous la médiation du Secrétaire d’État américain Marco Rubio. Ce texte ambitionne de mettre fin à plus de 30 ans de guerre, de tensions frontalières et de conflits armés meurtriers dans la région des Grands Lacs.
Que contient cet accord ?
L’accord, paraphé par Thérèse Kayikwamba Wagner, ministre congolaise des Affaires étrangères, et Olivier Nduhungirehe, son homologue rwandais, repose sur plusieurs piliers fondamentaux :
Le respect de l’intégrité territoriale de chaque État – une reconnaissance implicite que l’ingérence militaire ou le soutien à des groupes armés est inacceptable.
La fin des hostilités, avec un engagement ferme des deux parties à cesser tout appui, direct ou indirect, à des forces rebelles opérant de part et d’autre de la frontière.
Le désengagement et le désarmement des groupes armés non étatiques, y compris les plus actifs et violents dans les provinces congolaises du Nord-Kivu et de l’Ituri.
Le retour sécurisé des réfugiés et déplacés internes, une mesure attendue par des centaines de milliers de Congolais déracinés depuis des années.
La mise en place d’un mécanisme conjoint de coordination sécuritaire, basé sur le Concept d’Opérations du 31 octobre 2024 (CONOPS), destiné à surveiller les engagements sur le terrain.
La création d’un cadre d’intégration économique régionale, pour encourager la coopération, la stabilité et le développement commun, au-delà des enjeux purement militaires.
Cet accord ne se limite pas à des déclarations d’intention : il trace une feuille de route précise pour sortir de la spirale de violence qui mine l’Est congolais depuis les années 1990. Cependant, plusieurs questions de fond demeurent :
Les groupes armés tels que le M23, les FDLR ou encore les milices locales vont-ils réellement déposer les armes ? Et qui garantira leur démobilisation effective ?
Les mécanismes de mise en œuvre (notamment le comité de coordination sécuritaire) seront-ils dotés de moyens concrets et indépendants ?
Le Rwanda arrêtera-t-il son implication présumée dans les mouvements rebelles à l’Est du Congo, dénoncée à plusieurs reprises par l’ONU, l’Union africaine et la société civile congolaise ?
Les populations locales, souvent premières victimes et dernières consultées, seront-elles intégrées dans le processus de paix et de réconciliation ?
Un tournant dans la géopolitique régionale ?
La signature à Washington, avec le soutien des États-Unis, n’est pas anodine. Elle marque un changement d’approche diplomatique, où la communauté internationale, lassée des conflits sans fin, pousse désormais vers une résolution politique et économique du problème sécuritaire dans les Grands Lacs. « La paix sur papier est une chose, mais sa matérialisation sur le terrain en est une autre », a souligné le Secrétaire d’État Marco Rubio, appelant à un suivi rigoureux de chaque disposition.
Ce nouvel accord de paix représente une lueur d’espoir pour des millions de Congolais qui, depuis trois décennies, vivent au rythme des attaques, des déplacements forcés, des massacres et de la misère. Mais il faudra plus que des signatures pour cicatriser les plaies du Kivu. La volonté politique, la transparence, la pression internationale et l’implication citoyenne seront essentielles pour transformer ce moment historique en paix durable.
Junior Kulele
