La crise sécuritaire dans l’est de la République démocratique du Congo (RDC) franchit un nouveau seuil diplomatique. À Washington, des voix influentes du Congrès américain appellent désormais à des sanctions directes contre les dirigeants rwandais, y compris le président Paul Kagame, tandis que Kigali rejette toute implication dans le conflit et dénonce des accusations « infondées ».
À l’issue d’un échange à Washington avec le président congolais Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo, le député américain Christopher Smith, président de la sous-commission Afrique de la Chambre des représentants, a tenu un discours particulièrement ferme à l’endroit du Rwanda. « Nous mettons la pression sur l’administration Trump afin qu’elle sanctionne réellement les dirigeants rwandais, voire le président Kagame lui-même », a-t-il déclaré, estimant que la situation ne pouvait plus être gérée par des mesures symboliques.
Pour l’élu américain, l’heure n’est plus aux demi-mesures : « On ne peut pas se contenter de décisions symboliques », a-t-il insisté, appelant à une réponse ferme face à la poursuite des violences dans l’est de la RDC.
Plus direct encore, Christopher Smith a lancé un avertissement sans détour à Kigali :
« C’est simple : arrêtez. Vous avez signé cet accord de Washington. Arrêtez les violences. Arrêtez le bain de sang. »
Ces déclarations traduisent une radicalisation du discours américain, alors que Washington est l’un des principaux architectes des accords de Washington, censés ramener la désescalade entre Kinshasa et Kigali. Au Congrès, l’idée d’un passage de sanctions ciblées à des mesures plus directes contre les plus hauts responsables rwandais gagne du terrain, dans un contexte où les combats se poursuivent sur le terrain congolais.
Face à ces menaces, le président rwandais Paul Kagame a adopté un ton de défi lors de l’ouverture du dialogue national « Umushyikirano » à Kigali. Il a une nouvelle fois rejeté toute responsabilité du Rwanda dans la guerre à l’est de la RDC, imputant l’origine du conflit à la présence des rebelles hutus rwandais des FDLR sur le sol congolais.
« Le problème que le Rwanda a avec la RDC concerne principalement les FDLR et l’idéologie génocidaire », a affirmé Paul Kagame, accusant ces groupes de constituer une menace sécuritaire persistante pour son pays. Le chef de l’État rwandais a également réfuté toute motivation économique liée aux minerais congolais ou à des ambitions territoriales, qualifiant ces accusations de simples « prétentions ».
Selon Paul Kagame, « la guerre en RDC n’a pas été déclenchée par le Rwanda, ni à partir du Rwanda », soutenant que l’origine du conflit est connue, sans toutefois la préciser. Il a insisté sur le caractère « défensif » des actions de son pays, les présentant comme une réponse à des menaces sécuritaires existant « depuis 1994 ». Accusant Kinshasa d’avoir « hébergé et armé » des éléments des FDLR, il a affirmé que certains auraient été intégrés aux forces armées congolaises ou collaboreraient avec elles.
Sur l’argument selon lequel ces combattants seraient aujourd’hui âgés, Kagame a rétorqué que la transmission de leur idéologie aux nouvelles générations rendait la menace toujours active. Sur la question des sanctions, le président rwandais a tenu un discours virulent, affirmant qu’il ne se laisserait pas « étouffer » par des pressions extérieures.
« Si nous étions vraiment en RDC pour les minerais, le Rwanda serait cent fois plus riche qu’il ne l’est aujourd’hui », a-t-il lancé, balayant les accusations de pillage des ressources congolaises. Pourtant, plusieurs rapports des Nations unies et des États-Unis accusent le Rwanda de soutenir militairement le groupe armé M23, contribuant à l’escalade du conflit et à l’instabilité régionale.
Des experts onusiens évoquent des instructions directes, un appui logistique et la présence de combattants rwandais aux côtés du M23. Au Conseil de sécurité de l’ONU, Washington a accusé Kigali de « conduire la région vers la guerre » et exigé le retrait des troupes rwandaises du territoire congolais, malgré les engagements pris dans le cadre des accords négociés à Washington. Les États-Unis ont déjà imposé des sanctions ciblées contre certains responsables rwandais, tout en appelant Kigali à cesser toute aide aux rebelles.
Le Rwanda, de son côté, continue de rejeter ces accusations et affirme œuvrer pour la paix. Alors que la situation sécuritaire reste explosive dans l’est de la RDC, la confrontation verbale entre Washington et Kigali laisse entrevoir une possible escalade diplomatique, avec des sanctions plus lourdes en ligne de mire. Reste à savoir si cette pression internationale accrue parviendra à infléchir la dynamique militaire sur le terrain, ou si elle accentuera davantage les tensions régionales.
Junior Kulele


