L’audience était attendue, scrutée, presque redoutée. Mais ce jeudi 26 février 2026, le procès impliquant un haut cadre de l’Agence nationale des renseignements (ANR) n’aura duré que le temps des formalités. À peine les parties identifiées, l’affaire a été renvoyée au 5 mars, à la demande de la défense de Philémon Mambabwa Zebo, administrateur principal et chef du département d’appui à l’ANR. Motif avancé : des « charges étatiques » ayant empêché sa présence à la barre.
Au cœur du dossier : les accusations portées par Marie-Ange Mushobekwa, ancienne ministre des Droits humains et députée nationale honoraire. Ses fils, Claudien Likulia Lifoma et Christopher Likulia, ainsi qu’un de leurs amis mineur, se sont constitués parties civiles. Les faits dénoncés remontent à la nuit du 21 décembre 2025. Selon Mme Mushobekwa, les trois adolescents auraient été interpellés dans la résidence privée de Philémon Mambabwa, puis « séquestrés, ligotés, tabassés et torturés » par des éléments armés agissant sur ordre.
Lors d’une conférence de presse, l’ancienne ministre avait dénoncé une intervention « brutale et disproportionnée », affirmant que les jeunes étaient non armés, non recherchés et présents sur invitation. Elle a évoqué des hématomes visibles, des incapacités physiques temporaires et des traumatismes psychologiques persistants. Pour elle, l’absence de réaction rapide des autorités administratives et judiciaires avait transformé l’affaire en « abus de pouvoir personnel » à portée nationale.
La comparution d’un cadre présenté comme proche des cercles du pouvoir, dans un contexte politique sensible en République démocratique du Congo, donne à ce procès une dimension particulière. Dans l’opinion, beaucoup y voient un test pour l’indépendance de la justice militaire : saura-t-elle instruire sans pression une affaire impliquant un responsable sécuritaire de haut rang ?
Le renvoi au 5 mars, bien que procédural, nourrit déjà commentaires et spéculations. Officiellement, il ne s’agit que d’un report motivé par des obligations professionnelles. Officieusement, le dossier cristallise les attentes d’une société marquée par les débats récurrents sur l’abus d’autorité et l’impunité. « Ce n’est pas une affaire politique, c’est un test moral pour l’État », avait affirmé Marie-Ange Mushobekwa.
Le 5 mars prochain, la Cour ne jugera pas seulement des faits allégués. Elle devra aussi répondre à une question plus large : celle de la crédibilité de l’institution judiciaire face aux dossiers sensibles.
JK


