À la Cité de l’Union africaine, le décor était à la hauteur de l’enjeu. Ce jeudi 19 mars, le président Félix Tshisekedi a franchi un cap stratégique : présenter officiellement Juliana Amato Lumumba comme candidate de la République démocratique du Congo au poste de Secrétaire générale de la Organisation internationale de la Francophonie. Un geste politique fort. Mais surtout, le signal d’une ambition assumée.

Devant un parterre d’ambassadeurs francophones, en présence de la Première ministre et des membres du gouvernement, Kinshasa a posé ses cartes. En désignant Juliana Lumumba, le pouvoir congolais ne propose pas seulement un profil. Il envoie un message : celui d’un pays qui entend peser dans les équilibres internationaux et porter une voix africaine affirmée dans l’espace francophone.
Dans la foulée, le chef de l’État a directement sollicité le soutien des diplomates accrédités à Kinshasa. Une démarche sans détour, révélatrice d’une offensive diplomatique pleinement assumée.

Car derrière cette annonce, une réalité s’impose : la course à la tête de l’OIF sera disputée. Et si Juliana Lumumba l’emporte, elle devra naviguer dans un environnement complexe, où se croisent enjeux politiques, culturels et stratégiques. D’abord, la crédibilité de l’organisation reste en question. Entre exigences démocratiques et réalités contrastées dans certains États membres, l’équilibre est fragile.
Ensuite, la langue française elle-même fait face à une concurrence accrue dans un monde globalisé. Redonner de l’élan à son attractivité, notamment auprès des jeunes, sera un défi majeur. À cela s’ajoutent d’autres urgences : la transition numérique, la réduction des inégalités d’accès aux technologies, ou encore la gestion des crises sécuritaires dans plusieurs espaces francophones.
Le futur leadership de l’OIF devra aussi répondre à une équation délicate : mobiliser davantage de ressources tout en garantissant l’efficacité des programmes. Autrement dit, transformer l’organisation pour la rendre plus agile, plus crédible, plus visible. Dans ce contexte, la candidature portée par Kinshasa se veut à la fois politique et symbolique. Elle s’inscrit dans une volonté de repositionnement stratégique de la RDC sur la scène internationale.
En avançant le nom de Juliana Lumumba, la RDC ne se contente pas de participer. Elle ambitionne d’influencer. Avec plus de 300 millions de francophones dans le monde, l’OIF demeure un espace de pouvoir, d’influence et de projection culturelle. Et Kinshasa entend bien y faire entendre sa voix.

L’annonce faite à la Cité de l’Union africaine ouvre désormais une nouvelle phase : celle du plaidoyer, des alliances, des négociations. Car dans les arcanes de la Francophonie, chaque soutien compte. Et pour la RDC, l’enjeu dépasse une simple élection : il s’agit d’affirmer son rang, son influence… et sa vision. Une candidature est lancée. Reste maintenant à convaincre.
JK


