Au lendemain de la signature de l’accord de paix entre la République Démocratique du Congo et le Rwanda à Washington, la Conférence Épiscopale Nationale du Congo (CENCO) et l’Église du Christ au Congo (ECC) ont rendu publique une déclaration conjointe empreinte de gravité et de responsabilité pastorale.
Si les deux principales confessions religieuses du pays reconnaissent une avancée diplomatique, elles mettent en garde contre un optimisme précipité, rappelant que « la paix véritable ne se signe pas à l’étranger, mais se construit au cœur de la nation, avec courage, vérité et justice. »
Dans cette déclaration, la CENCO et l’ECC saluent « un pas vers l’apaisement » tout en soulignant qu’il ne s’agit pas encore de la fin de la crise. Elles insistent sur la nécessité d’une mise en œuvre sincère, transparente et suivie des engagements pris, et appellent à ne pas se satisfaire de gestes symboliques. « Ce n’est pas la signature d’un accord qui fait la paix, mais son enracinement dans les réalités du peuple congolais », déclarent-elles.
Les deux Églises déplorent la persistance des violences dans l’Est du pays, en particulier à Rutshuru, Masisi et Bunagana, malgré les accords diplomatiques. Elles rappellent que les armes continuent de parler, ce qui met en doute la portée immédiate de l’accord signé.
Au-delà des tensions avec le Rwanda, la CENCO et l’ECC appellent à ne pas se tromper de diagnostic. Elles affirment avec force que « la crise est d’abord congolaise », enracinée dans des dysfonctionnements internes : mauvaise gouvernance, exclusion, corruption et violences structurelles. C’est dans cette optique qu’elles plaident pour l’organisation urgente d’un dialogue intercongolais sincère et inclusif, réunissant toutes les composantes de la société congolaise, sans exclusive.
Dans leur déclaration, les deux institutions formulent des recommandations à l’endroit des principaux acteurs de la paix :
À l’État congolais
« Ne cédez pas à la tentation d’exclure le peuple du processus de paix. Une paix sans le peuple est une illusion politique. »
Aux groupes armés
« Déposez les armes. Choisissez la voie du dialogue, du pardon et de la réinsertion, dans un esprit de vérité. »
À la communauté internationale
« Votre rôle est d’accompagner loyalement, sans calculs ni intérêts économiques ou géopolitiques cachés. »
Au peuple congolais
« Restez debout, lucide et vigilant. Refusez la haine. Soyez les gardiens de la souveraineté et de la dignité nationales. »
La déclaration conjointe se conclut par un rappel fort : les projecteurs médiatiques peuvent être braqués sur les salons diplomatiques, mais la vraie paix se bâtit dans les consciences, les institutions et les territoires. Les Églises congolaises, par cette parole prophétique, réaffirment leur rôle de veille morale et spirituelle dans un moment clé de l’histoire du pays.
Jehovani Mulumba


