Le Dr Denis Mukwege, Prix Nobel de la Paix et figure emblématique de la défense des droits humains, est monté au créneau pour dénoncer ce qu’il qualifie de « prétexte dépassé » utilisé par Kigali pour justifier sa présence militaire en République Démocratique du Congo. Dans une déclaration publiée ce mercredi 9 juillet 2025, l’ancien candidat à la présidence s’appuie sur les conclusions récentes du rapport du Groupe d’experts des Nations Unies, qui confirme l’implication directe des Forces de défense rwandaises (FDR) aux côtés de la rébellion du M23 dans l’Est de la RDC.
Selon ce rapport, les FDR ont activement participé aux opérations ayant permis la prise de plusieurs localités stratégiques, notamment Goma et Bukavu, dans les provinces du Nord et Sud-Kivu. Cette confirmation vient appuyer ce que de nombreux observateurs, autorités congolaises et populations locales dénoncent depuis des années : le Rwanda jouerait un rôle central dans l’instabilité persistante dans l’Est de la RDC, sous couvert d’une prétendue menace posée par les FDLR.
« La prétendue préoccupation sécuritaire affichée par le régime de Kigali pour justifier ses ‘mesures défensives’ est devenue un prétexte suranné, qui ne peut plus être invoqué comme une menace existentielle pour le Rwanda », a déclaré Denis Mukwege.
Le gynécologue de renommée internationale rappelle que trente ans après le génocide rwandais, les capacités offensives résiduelles des FDLR — dont les éléments responsables des crimes de 1994 ont déjà été pour la plupart neutralisés — ne sauraient encore justifier l’agression actuelle.
« Malgré les nombreuses opérations militaires, y compris conjointes avec le Rwanda, et le soutien de la MONUSCO, la menace représentée par les FDLR a été considérablement réduite. Le narratif sécuritaire avancé par Kigali ne tient plus face à la réalité du terrain », a-t-il ajouté.
Mukwege va plus loin en soulignant le coût humain colossal de cette crise prolongée : plus de six millions de Congolais ont péri depuis la fin du génocide rwandais, et ce, en grande partie selon lui, à cause de la stratégie de prédation des ressources minières menée par des forces étrangères sous couvert de sécurité.
Il interpelle la communauté internationale sur l’impasse des mécanismes actuels qui, selon lui, sacrifient la justice sur l’autel d’une paix illusoire : « Le peuple congolais n’a obtenu ni justice, ni paix. Il est temps de sortir de cette spirale hypocrite et inefficace. La diplomatie internationale doit cesser de fermer les yeux sur les crimes commis sur notre sol. »
Mukwege appelle à une implication ferme des autorités congolaises et des partenaires internationaux pour désarmer et rapatrier les éléments rwandais présents illégalement sur le territoire congolais. Il propose une solution claire : réintégrer dans la société rwandaise ceux des combattants qui remplissent les critères, afin de vider ce prétexte de toute justification et ouvrir enfin la voie à une paix réelle.
« On ne peut pas construire la paix en ignorant les victimes congolaises, ni en continuant à tolérer un cycle de violences imposé par des intérêts économiques déguisés en préoccupations sécuritaires », a-t-il insisté.
Alors que les présidents Tshisekedi et Kagame sont annoncés à Washington dans les prochains jours pour discuter de la mise en œuvre d’un accord de paix, Mukwege appelle à une réflexion profonde sur les causes réelles du conflit. « Il y a urgence à éradiquer la question des groupes armés, tant les FDLR que le M23, si l’on veut véritablement instaurer une paix durable dans la région des Grands Lacs », conclut-il.
La rédaction de b-onetv.cd


