Silencieux mais stratège, discret mais redoutablement efficace, André Wameso est l’illustration même de ces profils technocratiques que le pouvoir congolais sollicite lorsque l’heure est à la rigueur et à la réforme. Nommé gouverneur de la Banque centrale du Congo (BCC) en juillet 2025 par ordonnance présidentielle, il succède à Marie-France Malangu Kabedi dans un contexte économique où chaque décision pèse lourdement sur la stabilité monétaire du pays.
Né à Kinshasa, c’est en Belgique qu’André Wameso façonne sa rigueur intellectuelle. Diplômé de l’Université catholique de Louvain, il en sort ingénieur commercial en finances, un bagage académique solide qu’il convertira rapidement en expertise bancaire. Son parcours dans le secteur privé l’amène d’abord chez Rawbank, où il pilote la gestion des risques, puis au sein du groupe Dexia, en tant que directeur de l’audit interne. Ces expériences affûtent son regard analytique et sa capacité à anticiper les failles systémiques, des qualités précieuses pour un futur banquier central.
En 2019, avec l’arrivée de Félix Tshisekedi à la tête de l’État, Wameso entre dans la sphère présidentielle par la grande porte : d’abord ambassadeur itinérant, il devient ensuite directeur de cabinet adjoint chargé des affaires économiques, poste stratégique d’où il suivra plusieurs négociations sensibles. Parmi ses faits d’armes figurent le rééquilibrage du contrat sino-congolais et l’accord avec le groupe Vantora, qui a permis d’injecter près de 2 milliards de dollars dans les caisses du Trésor public. Ce sont là les marques d’un technocrate au profil de négociateur, maniant les dossiers à haute portée géoéconomique avec doigté et méthode.
Élu député national lors des législatives de décembre 2023 dans la circonscription de Songololo, dans le Kongo-Central, André Wameso fera le choix de ne pas siéger à l’Assemblée nationale, préférant demeurer dans l’orbite du pouvoir exécutif. Ce renoncement à l’arène politique au profit de l’action technique témoigne de sa vision : transformer sans discours, influer sans fracas.
À la gouvernance de la Banque centrale, les défis sont immenses : lutte contre l’inflation galopante, stabilisation du franc congolais, gestion des réserves de change, numérisation des paiements, et surtout, rétablir la confiance des marchés et des partenaires internationaux. La BCC doit aussi composer avec la dollarisation persistante de l’économie, le secteur bancaire à réformer, et l’exigence de transparence dans les politiques monétaires.
Mais Wameso n’arrive pas sans armes. Son solide ancrage dans les milieux financiers internationaux, sa compréhension des rouages économiques et son lien direct avec le sommet de l’État lui donnent les leviers pour impulser une nouvelle dynamique. Sa gouvernance sera observée de près, tant par les bailleurs de fonds que par le secteur privé national, en quête de stabilité.
Dans un pays où les institutions sont souvent fragiles, André Wameso incarne une certaine promesse de rigueur. Désormais en première ligne, il lui faudra passer de l’expertise à l’autorité, de l’ombre à la lumière, avec, pour seul viatique, son parcours irréprochable et une vision technocratique d’un Congo plus crédible sur le plan monétaire.
Junior Kulele


