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Suminwa II : la vitrine féminine d’un pouvoir encore dominé par les hommes

10 mois ago
in Politique
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Suminwa II : la vitrine féminine d’un pouvoir encore dominé par les hommes
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Sous les projecteurs, l’annonce du gouvernement Suminwa II a été présentée comme un pas important vers la parité. Derrière les chiffres, l’image est plus nuancée. Sur 53 postes ministériels ou assimilés, 17 sont occupés par des femmes – soit 32 %. Une avancée par rapport aux précédents exécutifs, mais loin encore de l’équilibre promis par la Constitution et vanté dans les discours politiques.

Une avancée chiffrée… mais encadrée. La nomination de Judith Suminwa Tuluka, première femme cheffe de gouvernement en RDC, avait suscité des attentes élevées sur l’inclusion des femmes dans les hautes sphères de l’État. Le chiffre de 17 ministres et vice-ministres femmes marque un progrès mesurable, mais il reste en-deçà des engagements répétés, notamment ceux formulés dans les programmes électoraux et les engagements internationaux de Kinshasa.

Certaines nominations témoignent d’une volonté de donner aux femmes une place dans les portefeuilles à haute visibilité : Thérèse Wagner, reconduite aux Affaires étrangères et Francophonie, conserve la voix de la RDC sur la scène diplomatique; Raïssa Malu hérite de l’Éducation nationale, secteur stratégique pour la réforme du système scolaire; Marie-Thérèse Sombo reste à l’Enseignement supérieur et universitaire, un ministère à forts enjeux pour la formation et la recherche. À cela s’ajoutent Ève Bazaiba aux Affaires sociales et Acacia Bandubola aux Hydrocarbures, Yolande Elebe à la culture et arts ainsi que Marie Nyangé Ngambo à l’Environnement – un poste au centre des négociations climatiques internationales.

Les femmes sont également positionnées dans des ministères régaliens mais en rang de vice-ministres – un choix qui reflète autant une volonté d’inclusion qu’une prudence politique. Eugénie Tshela (Intérieur), Noëlla Ayeganagato (Affaires étrangères) et Gracia Yamba Kazadi (Finances) sont placées dans des positions d’influence, mais toujours sous la supervision d’un titulaire masculin.

La proportion féminine explose dans la catégorie des ministres délégués : quatre femmes sur cinq. Arlette Bahati (Nouvelle économie verte), Angèle Bangasa (Politique de la ville) ou Irène Essambo (Personnes vivant avec handicap) incarnent cette présence renforcée. Mais ces portefeuilles, souvent considérés comme périphériques dans la hiérarchie gouvernementale, n’offrent pas toujours un accès direct aux décisions stratégiques.

Le ministère du Genre, Famille et Enfant, traditionnellement confié à une femme, revient cette fois à Micheline Ombaye. Si le symbole est respecté, il rappelle aussi la segmentation classique qui cantonne souvent les femmes à des domaines “attendus” plutôt qu’aux leviers économiques ou sécuritaires de l’État.

L’élargissement du nombre de femmes au gouvernement répond partiellement aux pressions de la société civile et aux attentes des partenaires internationaux qui conditionnent certaines aides à des progrès en matière d’égalité. Mais la crédibilité de ce virage dépendra moins des statistiques que des marges de manœuvre réelles accordées à ces ministres – et de leur capacité à peser dans les arbitrages politiques.

Suminwa II affiche un visage plus féminin, mais cette féminisation reste contenue dans un cadre soigneusement dessiné par l’exécutif. La présence de femmes à des postes stratégiques existe, mais elle ne renverse pas l’équilibre global du pouvoir, toujours centré sur les réseaux masculins. La prochaine épreuve ne se jouera pas dans les cérémonies d’investiture, mais dans les négociations budgétaires, les réformes et les crises, là où se mesure le véritable poids politique.

Junior Kulele

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