L’annonce du gouvernement Suminwa II, présenté comme une équipe d’« union nationale », n’aura pas suffi à convaincre Martin Fayulu et sa coalition Lamuka de rejoindre l’exécutif. Malgré la présence remarquée d’Adolphe Muzito – ex-membre de Lamuka – au poste de Vice-premier ministre en charge du Budget, le camp Fayulu affirme avoir décliné toute proposition de participation.
Un “non” assumé, présenté comme un choix de principe. Prince Epenge, porte-parole de Lamuka, a expliqué que ce refus n’était pas un geste de défi, mais un acte de « patriotisme et conviction ». « On n’entre pas au gouvernement par peur, intimidation, menace, chantage, agression, par pitié ou pour l’argent. Tout rassemblement doit conduire au progrès, pas au blocage », déclare-t-il.
Selon lui, l’actuelle démarche présidentielle – différer les initiatives de paix et de dialogue interne – risque de se transformer en stratégie perdante, voire « suicidaire ».
Lamuka n’avait déjà pas participé aux consultations de mars 2025 menées par Cashmir Eberande Kolongele, conseiller spécial du chef de l’État en matière de sécurité, consultations destinées à préparer ce gouvernement élargi. Pourtant, début juin, Fayulu avait été reçu au Palais de la Nation par Félix Tshisekedi. Cette rencontre, assortie d’un appel à former un « camp de la patrie » en vue d’un dialogue national, avait laissé entrevoir un début de rapprochement. Mais l’échange n’a débouché sur aucune participation formelle.
Le choix d’Adolphe Muzito de rejoindre le gouvernement, là où Fayulu refuse toute intégration, illustre une divergence stratégique au sein des anciens alliés de Lamuka. Alors que Muzito mise sur une entrée dans l’exécutif pour peser sur les décisions budgétaires, Fayulu privilégie une posture d’opposition frontale, estimant que toute participation actuelle reviendrait à cautionner une politique inefficace.
Ce refus n’est pas qu’un simple désaccord conjoncturel. Il s’inscrit dans la préparation du terrain pour un futur dialogue politique plus large, que Fayulu souhaite sous la médiation des Églises (CENCO et ECC). Dans cette perspective, Lamuka entend rester en dehors de toute coalition gouvernementale, afin de conserver sa crédibilité comme alternative.
Le calcul du camp Fayulu repose sur un pari risqué : rester à l’écart pour incarner une opposition intacte, tout en espérant que les difficultés du gouvernement renforcent son capital politique. Mais ce choix pourrait aussi l’isoler davantage, à l’heure où certains anciens partenaires, comme Muzito, préfèrent négocier leur place dans la gestion du pouvoir.
Junior Kulele


