Les délégués du gouvernement congolais et du mouvement rebelle AFC/M23 sont de nouveau réunis à Doha, au Qatar, pour un nouveau round de discussions. Ces pourparlers, facilités par les autorités qataries avec l’appui de Washington, interviennent après la signature en juillet dernier d’une Déclaration de principes censée ouvrir la voie vers un accord de paix global.
Mais du côté de l’opposition congolaise, les avis divergent. Pour Martin Fayulu, leader de la coalition Lamuka, les discussions ne doivent pas aller au-delà de l’imposition d’un cessez-le-feu immédiat et de l’application stricte de la résolution 2773 du Conseil de sécurité de l’ONU, adoptée en mars 2025.
Sur son compte X (ancien Twitter), Fayulu a tenu à préciser sa position vendredi 22 août : « La réunion de Doha ne doit poursuivre qu’un seul objectif : imposer le cessez-le-feu et l’application de la résolution 2773. Le reste relève du dialogue inclusif entre Congolais, sous médiation CENCO/ECC et avec l’appui de l’Union Africaine ».
Cette sortie intervient dans un contexte où Fayulu, fragilisé au sein de l’opposition après sa rencontre en juin dernier avec le président Félix Tshisekedi, cherche à réaffirmer sa ligne politique. Pour lui, seul un dialogue national élargi – impliquant la société civile, les partis politiques et les églises catholique (CENCO) et protestante (ECC) – peut régler durablement les causes structurelles de la crise.
Alors que Kinshasa et ses partenaires occidentaux voient dans ce round un tournant décisif vers un accord final, le M23/AFC adopte une ligne plus restrictive. Un responsable du mouvement a clarifié leur mandat : « Nos deux délégués présents à Doha sont uniquement mandatés pour discuter des mécanismes de cessez-le-feu et de la libération des prisonniers politiques. Ils n’ont pas été mandatés pour négocier le projet d’accord conçu par la médiation et inspiré par Kinshasa ».
Cette déclaration reflète le scepticisme des rebelles vis-à-vis du processus, perçu comme biaisé en faveur du gouvernement congolais. La Déclaration de principes signée le 19 juillet dernier engageait pourtant les deux parties à : respecter un cessez-le-feu permanent, mettre fin à la propagande haineuse, interdire toute conquête militaire, créer un mécanisme de vérification international avec la MONUSCO et, si nécessaire, des dispositifs régionaux.
Mais sur le terrain, la situation reste explosive. L’AFC/M23 continue d’occuper de vastes zones au Nord et au Sud-Kivu, y compris des axes stratégiques autour de Goma et Bukavu. Les combats ont déjà provoqué des centaines de milliers de déplacés depuis le début de l’année.
Ces discussions se tiennent dans un climat encore plus tendu après la publication d’un rapport conjoint de Human Rights Watch et Amnesty International, accusant l’AFC/M23 d’avoir massacré plus de 140 civils Hutu en juillet dernier dans le territoire de Rutshuru, à proximité du parc national des Virunga. Ces accusations fragilisent davantage la position des rebelles sur la scène internationale et mettent la pression sur la médiation qatarie et américaine pour exiger des garanties humanitaires dans le futur accord.
Pour Washington, qui a pesé de tout son poids diplomatique dans ce processus, l’étape de Doha doit permettre de conclure avant la fin de l’année un accord qui ouvre la voie à la stabilisation de l’Est de la RDC après trois décennies de conflits. À Kinshasa, le porte-parole du gouvernement, Patrick Muyaya, a confirmé lundi dernier sur la RTNC que les équipes congolaises sont bel et bien au Qatar et que ce round « entre dans sa phase conclusive ».
Mais avec un M23 réticent, une opposition divisée, et une population civile toujours prise au piège des violences, le chemin vers une paix durable paraît encore semé d’embûches.


