« Ce n’est pas la première fois que je parte. Les hommes passent, les institutions restent. » C’est par ces mots, teintés à la fois de sérénité et de gravité, que Vital Kamerhe a annoncé sa démission du poste de président de l’Assemblée nationale, ce lundi à Kinshasa.

Une décision qui intervient alors que l’ancien directeur de cabinet du chef de l’État faisait face à une pétition exigeant sa destitution, portée par plusieurs députés, y compris au sein de la majorité présidentielle. Les griefs formulés par ses détracteurs concernaient principalement une mauvaise gestion administrative et financière de la Chambre basse.
La démission de M. Kamerhe a été rendue publique quelques heures avant la tenue de la plénière convoquée pour examiner le rapport de la commission spéciale chargée d’évaluer la recevabilité des pétitions. Cette manœuvre a pris de court plus d’un observateur politique, certains y voyant une stratégie pour éviter l’humiliation d’une destitution votée en direct par ses pairs. « J’ai décidé de quitter mes fonctions par respect pour l’institution et pour préserver l’image du Parlement », a déclaré Kamerhe, se posant en homme d’État soucieux de l’intérêt général.

Conformément au règlement intérieur, c’est le premier vice-président de l’Assemblée nationale, le professeur Jean-Claude Tshilumbayi Musawu, qui reprend la présidence par intérim. Il aura la lourde responsabilité de conduire les plénières, d’assurer la continuité des travaux législatifs et surtout d’organiser l’élection du prochain président de la Chambre.
Cette transition ouvre une nouvelle bataille politique, car le poste de président de l’Assemblée nationale reste stratégique : deuxième personnage de l’État, il joue un rôle majeur dans l’équilibre des pouvoirs et dans l’orientation de l’agenda parlementaire. Ce départ n’est pas sans rappeler les épisodes tumultueux de la carrière politique de l’homme surnommé « le pacificateur ». Déjà en 2009, il avait quitté la présidence de l’Assemblée nationale dans des circonstances houleuses, avant de rebondir comme candidat à la présidentielle puis comme allié du président Félix Tshisekedi.
Son influence politique, bien que fragilisée, reste réelle. Certains analystes estiment que ce retrait du perchoir ne sonne pas la fin de son parcours, mais plutôt une étape de plus dans une carrière marquée par des chutes spectaculaires et des résurrections politiques.

La démission de Kamerhe ouvre désormais un champ de manœuvres à l’intérieur de la majorité parlementaire. Plusieurs figures se positionnent déjà en coulisses pour briguer le perchoir. Le futur scrutin à l’Assemblée pourrait révéler de nouveaux équilibres, à l’heure où le chef de l’État cherche à consolider sa base politique en vue des réformes annoncées.
Junior Kulele


