Une semaine de haute tension vient de s’achever à l’Assemblée nationale, marquée par la démission de Vital Kamerhe, président du Bureau, et de Dominique Munongo, rapporteure adjointe. Cette décision, prise au cœur d’une tempête politique alimentée par des pétitions de destitution, a eu l’effet d’un électrochoc : elle a désamorcé une crise institutionnelle tout en ouvrant une nouvelle séquence pleine d’incertitudes.
En se retirant volontairement, Kamerhe a choisi de préserver l’image de l’institution et de protéger ses alliés. Le geste est perçu comme une manière de couper court à l’escalade politique et d’éviter une fracture plus profonde au sein de l’Union sacrée de la Nation, la coalition majoritaire au Parlement. Mais ce retrait ressemble davantage à un sacrifice politique imposé qu’à une décision volontaire. Le péché de Kamerhe a été d’affirmer une autonomie de pensée, parfois contraire aux desiderata du sommet de l’Union sacrée.
Dans la foulée, la commission spéciale a rejeté les griefs visant trois autres membres du Bureau : Jacques Djoli, Grâce Neema et Chimène Polipoli. Un contraste qui alimente la thèse selon laquelle l’initiative parlementaire ne visait en réalité que le président de l’UNC. Derrière ce bras de fer, se dessine une volonté de recomposer les rapports de force au sein de la majorité.
Les précédents existent : le FCC de Joseph Kabila, naguère allié, avait déjà subi une mise à l’écart méthodique. De même, Moïse Katumbi vit sa marge de manœuvre se réduire progressivement. La démission de Kamerhe s’inscrit donc dans une dynamique plus large de consolidation du pouvoir présidentiel autour d’un cercle restreint.
Mais quelles conséquences pour l’Union sacrée ?
La première conséquence est institutionnelle : l’intérim du perchoir est assuré par le premier vice-président Jean-Claude Tshilumbayi. Mais cet équilibre reste précaire. La succession officielle de Kamerhe risque de réveiller des rivalités internes, car le poste de président de l’Assemblée nationale est stratégique dans la préparation des futures échéances électorales et dans l’orientation des réformes législatives.
La deuxième conséquence est politique : l’Union sacrée sort fragilisée. Le départ de l’un de ses piliers historiques pose la question de la cohésion de la coalition. Kamerhe, artisan de plusieurs compromis politiques majeurs, représentait un trait d’union entre différentes sensibilités. Son absence pourrait accentuer la méfiance des alliés de circonstance et ouvrir la voie à des repositionnements.
Après Kamerhe, quel avenir au perchoir ?
Trois scénarios se dessinent :
Une succession contrôlée : le choix d’un successeur loyal au Chef de l’État permettrait de resserrer l’Union sacrée autour d’un noyau dur, mais au prix d’un affaiblissement du pluralisme interne…
Un compromis fragile : l’élection d’un profil consensuel permettrait de maintenir l’équilibre entre les différentes forces, mais ce compromis pourrait être de courte durée…
Un éclatement progressif : si la gestion de l’après-Kamerhe attise les frustrations, l’Union sacrée pourrait connaître une fragmentation accélérée, ouvrant la voie à des recompositions politiques inédites.
Cette crise parlementaire survient alors que l’Est de la RDC traverse une flambée de violences sans précédent, et que la diplomatie congolaise s’emploie à mobiliser la communauté internationale contre l’agression rwandaise. L’opinion publique, elle, observe avec scepticisme ces manœuvres politiques dans la capitale, loin des préoccupations sécuritaires et sociales du quotidien. Le risque, c’est que la classe politique donne l’image d’un pouvoir plus préoccupé par ses équilibres internes que par les souffrances du peuple.
Le départ de Vital Kamerhe n’a pas seulement mis fin à une crise institutionnelle ponctuelle. Il a révélé les fragilités profondes de l’Union sacrée et ouvert un nouveau cycle de rivalités. La question centrale demeure : l’après-Kamerhe au perchoir sera-t-il un moment de consolidation du pouvoir présidentiel ou l’amorce d’une désagrégation de la coalition ?
Junior Kulele


