À la veille du lancement mondial de la campagne des 16 jours d’activisme contre les violences faites aux femmes et aux filles, la ministre du Genre, Famille et Enfant, Micheline Ombae, a réuni ce lundi les professionnels des médias lors d’un café de presse à Kinshasa. L’objectif : présenter les orientations nationales et annoncer une nouvelle stratégie d’appropriation “effective” des instruments juridiques de lutte contre les violences basées sur le genre (VBG), avec un accent particulier sur les violences numériques.
Alors que le thème international retenu cette année est : « S’unir pour mettre fin à la violence numérique des femmes et des filles », la RDC a adapté son message pour en renforcer la portée locale. Le slogan national sera : « Ensemble, luttons contre les violences numériques faites aux femmes et aux filles ».
Micheline Ombae rappelle que les violences en ligne constituent aujourd’hui un espace de brutalité croissante : cyberharcèlement, usurpation d’identité, diffusion d’images intimes non consenties, menaces, manipulation des images et deepfakes alimentés par l’intelligence artificielle. « Le numérique devient une arme […] il est urgent d’affirmer que la sécurité numérique est désormais un pilier essentiel de l’égalité entre les sexes. Les voix des survivantes s’élèvent et réclament justice, respect et vérité », a insisté la ministre.
Intervenant pour le compte du représentant résident de l’UNFPA, Mireille Ikoli a rappelé l’ampleur du phénomène : 85 % des femmes dans le monde ont été victimes ou témoins de violences numériques ; 57 % ont vu leurs images ou vidéos en ligne manipulées ou utilisées de manière abusive ; 96 % des vidéos deepfake en circulation sont de nature pornographique, mettant quasi exclusivement en scène des femmes.
Ces statistiques montrent que les violences numériques ne sont plus un risque émergent : elles sont devenues une réalité quotidienne, avec des conséquences psychologiques, sociales et parfois professionnelles dévastatrices. La RDC dispose pourtant d’un cadre légal fourni : loi sur la cybersécurité, loi sur la protection de la femme, textes régionaux et internationaux ratifiés, conventions et mécanismes de prévention.
Pourtant, dans la pratique, ces outils restent largement inefficaces.
La directrice générale de l’AVIFEM, Cécile Lepira, a dressé un constat sans équivoque : « Il n’y a pas de vulgarisation au niveau national, ni dans les villes, ni dans les territoires. Beaucoup de ces lois restent méconnues, parfois même par ceux qui sont censés les vulgariser. » Ce déficit de diffusion et de formation prive les victimes de recours, limite les capacités des acteurs de justice et empêche l’application réelle des textes.
Face à ce constat, la ministre Micheline Ombae a annoncé la décision du gouvernement : investir massivement dans la vulgarisation et l’appropriation des lois contre les VBG dès 2025. Cette campagne nationale impliquera : des institutions étatiques, des structures de la société civile, des organisations de jeunes, des experts du numérique et de la cybersécurité, des acteurs judiciaires et policiers. L’objectif est clair : rendre les textes compréhensibles, accessibles et applicables, partout sur le territoire.
La séance s’est clôturée par un échange interactif avec les journalistes, considérés comme acteurs de premier plan pour relayer, expliquer et vulgariser les enjeux. La ministre a insisté sur la nécessité d’une information responsable, capable d’atteindre les communautés les plus éloignées. La campagne des 16 jours d’activisme débutera officiellement ce mardi 25 novembre et s’étendra jusqu’au 10 décembre 2025, Journée internationale des droits humains.
La rédaction de b-onetv.cd


