Au pied du béton majestueux du Stade des Martyrs, les murs tombent et les destins vacillent. Là où s’entassaient maisons, échoppes et souvenirs de familles entières, les engins de l’hôtel de ville ont ouvert un nouveau chapitre urbain brutal pour certains, nécessaire pour d’autres.

Depuis ce mardi 4 mars 2026, le gouvernement provincial a lancé la démolition des constructions qualifiées d’anarchiques érigées le long de la clôture du stade, sur le tronçon compris entre les avenues Kasa-Vubu et des Huileries. Le quartier Otshuku, situé derrière l’enceinte sportive, n’a pas été épargné. Des habitations ont été rasées, laissant plusieurs familles sans abri.
Pour l’exécutif provincial, l’objectif est clair : libérer les emprises publiques illégalement occupées et amorcer la construction d’un vaste collecteur d’eaux pluviales. Cette infrastructure est censée canaliser les eaux de pluie et réduire les inondations récurrentes qui paralysent le Boulevard Triomphal, axe stratégique de la capitale régulièrement submergé en saison pluvieuse.
L’opération s’inscrit dans une campagne plus large d’assainissement urbain menée à travers Kinshasa. Ces dernières semaines, plusieurs constructions jugées irrégulières ont été démolies dans différents quartiers, au nom de la restauration de l’autorité de l’État et de la planification urbaine.
Mais derrière la logique d’aménagement se cache une réalité humaine poignante. Des scènes déchirantes ont marqué ces démolitions : meubles entassés à la hâte, enfants hébétés, parents cherchant un refuge provisoire. Pour les habitants touchés, la priorité n’est pas l’urbanisme, mais la survie.
La question centrale demeure : comment concilier modernisation de la ville et protection des citoyens les plus vulnérables ? Si la lutte contre les inondations et l’occupation anarchique répond à une exigence d’intérêt général, elle appelle aussi des mécanismes d’accompagnement social clairs et équitables.

Autour du Stade des Martyrs, Kinshasa joue ainsi une partie délicate : bâtir une capitale plus ordonnée sans laisser derrière elle des vies brisées.
Junior Kulele


