La scène politique congolaise vient de connaître un nouveau tournant. En quittant ses fonctions de deuxième vice-président du Sénat, Modeste Bahati Lukwebo a déclenché une réaction rapide de la majorité présidentielle, qui salue un geste à la fois lucide et responsable. Tout est parti d’une pétition parlementaire qui a largement franchi le seuil requis de signatures. Acculé par cette dynamique interne, le leader de l’AFDC-A a fini par céder, préférant se retirer du bureau de la chambre haute plutôt que d’engager un bras de fer prolongé.
Dans les coulisses du Sénat, cette séquence illustre les tensions qui traversent la majorité, où les équilibres restent fragiles malgré une façade d’unité. Dans un communiqué officiel signé par André Mbata, l’Union sacrée de la nation pilier politique du président Félix Tshisekedi a salué une « décision courageuse » empreinte d’un « sens élevé de responsabilité ». La plateforme présidentielle insiste sur l’attachement de Bahati Lukwebo à la majorité au pouvoir, malgré les turbulences récentes. Elle voit dans ce retrait un acte de loyauté politique, destiné à préserver la cohésion interne.
Au-delà des hommages, l’Union sacrée annonce déjà la suite : un nouveau candidat sera désigné pour occuper le poste laissé vacant. Un choix stratégique qui pourrait redéfinir certains rapports de force au sein du Sénat. Car en filigrane, cette démission révèle aussi un désaveu partiel du sénateur par certains élus issus de son propre regroupement politique, signe d’un leadership contesté.
La crise s’est cristallisée après une prise de position publique de Bahati Lukwebo, le 4 mars dernier. En s’opposant à l’idée d’une révision constitutionnelle, il avait ouvert un débat sensible, estimant que le véritable problème du pays résidait moins dans les textes que dans leur application. Pourtant, Dany Kabongo, initiateur de la pétition, s’est défendu de toute motivation idéologique. Selon lui, la démarche visait avant tout à dénoncer « l’incompétence » du désormais ex-membre du bureau du Sénat.
En se retirant, Bahati Lukwebo évite une crise ouverte mais laisse apparaître les fissures d’une majorité confrontée à ses propres contradictions. Reste à savoir si ce départ permettra à l’Union sacrée de resserrer les rangs… ou s’il annonce d’autres secousses à venir dans l’architecture politique congolaise.
JK


