Elle devait être une vitrine. Elle est en train de devenir un symbole… mais pas celui espéré. À Kinshasa, l’avenue Elengesa, rebaptisée Avenue Félix Tshisekedi, se délite à une vitesse qui interroge. Inaugurée en 2023 comme l’incarnation d’une capitale moderne, cette route de 6,7 kilomètres, financée à hauteur de 24 millions de dollars, montre déjà des signes inquiétants de dégradation. À peine quelques saisons plus tard, le bitume cède, les fissures s’étirent, et les nids-de-poule reprennent leurs droits.
Sur le terrain, le constat est sans appel. Par endroits, la chaussée est craquelée, affaissée, rongée par des eaux usées mal drainées. Les pluies, loin d’être exceptionnelles, suffisent à révéler les fragilités d’un ouvrage censé résister au temps et au trafic. Ce qui devait fluidifier la circulation devient progressivement un parcours d’obstacles.
C’est le symptôme d’un mal plus profond. Au-delà de cette avenue, c’est toute la question de la qualité des infrastructures publiques qui refait surface. Problèmes de conception ? Défaut de suivi ? Matériaux inadaptés ? Les interrogations s’accumulent, sans réponses claires. Dans une ville en pleine expansion, où les besoins en mobilité explosent, chaque projet mal exécuté pèse double : financièrement et socialement.
Pour de nombreux Kinois, le chiffre choque. Vingt-quatre millions de dollars pour une route qui se détériore si vite, c’est plus qu’un dysfonctionnement : c’est un signal d’alarme. Car derrière les montants engagés, il y a une attente légitime : celle de voir l’argent public se transformer en infrastructures solides, durables, capables d’accompagner la croissance de la capitale. L’avenue Elengesa n’est plus seulement une route. Elle est devenue le miroir d’un défi national : passer d’une logique de construction à une logique de durabilité.
À Kinshasa, la modernisation ne peut plus se contenter d’inaugurations. Elle doit résister au temps, aux pluies, et surtout… aux réalités du terrain. Car une ville ne se construit pas seulement en kilomètres d’asphalte, mais en confiance. Et cette confiance, elle aussi, commence à se fissurer.
Junior Kulele


