Et si la transformation économique de la République démocratique du Congo ne venait ni des bailleurs internationaux, ni des circuits bancaires classiques… mais des églises ?L’idée peut surprendre. Elle est pourtant portée avec conviction par le gouverneur de la Banque centrale du Congo. Lors d’une conférence consacrée au financement innovant, André Wameso a esquissé une réflexion audacieuse : mobiliser la puissance financière des communautés religieuses pour soutenir l’économie réelle.
Pour le gouverneur de la Banque centrale du Congo, le mécanisme est loin d’être étranger à la culture congolaise. Il en donne une lecture accessible : « Le crowdfunding, en langue nationale, ça existe. Ça s’appelle en lingala “mabonza”. » Autrement dit, les églises pratiquent déjà une forme de financement participatif à travers les offrandes et la dîme. La différence ? Ces ressources sont majoritairement orientées vers des finalités spirituelles, et non vers des investissements productifs.
Le cœur de la proposition de Wameso repose sur un basculement : faire passer les églises d’un rôle d’influence politique à un rôle d’acteur économique. « Si nos églises quittent le débat politique pour s’orienter vers des considérations économiques, nous pourrions assister à une véritable transformation. »
Dans un pays où les institutions religieuses disposent d’une forte capacité de mobilisation sociale et financière, cette idée ouvre une piste rarement explorée : faire des églises des catalyseurs de développement économique local. Un modèle potentiellement puissant… sur le papier. L’hypothèse avancée est simple mais ambitieuse : consacrer une partie de la dîme au financement des petites et moyennes entreprises.
Dans un pays où l’accès au crédit reste limité pour les PME, un tel mécanisme pourrait :
injecter des liquidités dans l’économie informelle et semi-formellle, soutenir l’entrepreneuriat local, créer des emplois à grande échelle, renforcer l’autonomie financière des communautés. En clair, transformer une ressource religieuse en levier économique structurant.
Mais cette vision, aussi séduisante soit-elle, soulève plusieurs questions majeures. D’abord, celle de la gouvernance : qui gérera ces fonds ? selon quelles règles ? avec quels mécanismes de contrôle ? Ensuite, celle de la légitimité : les fidèles accepteraient-ils que leurs contributions spirituelles soient partiellement redirigées vers des activités économiques ? Enfin, le risque de confusion des rôles : l’église peut-elle devenir acteur économique sans altérer sa mission spirituelle ?
La proposition de Wameso s’inscrit dans un contexte plus large : celui d’un système financier encore peu inclusif, où une grande partie de la population reste en marge des circuits bancaires classiques. Face à cette réalité, l’idée d’activer des circuits alternatifs ancrés dans les pratiques locales et les structures sociales existantes apparaît comme une réponse pragmatique.
Une révolution silencieuse en gestation ? En évoquant les églises comme moteurs économiques, André Wameso ne propose pas seulement une innovation financière. Il esquisse une redéfinition des rapports entre foi, économie et développement. Reste à savoir si cette vision trouvera un écho auprès des institutions religieuses… et si elle pourra être traduite en mécanismes concrets. Car derrière cette idée simple se cache une ambition immense : faire de la foi un levier de croissance nationale.
Junior Kulele


