L’ambiguïté n’est plus de mise. Dans une interview accordée à Jeune Afrique, Augustin Kabuya franchit un cap politique : celui de la clarté stratégique. Désormais, la révision de la Constitution n’est plus une rumeur ni une hypothèse, mais une orientation assumée au sommet de l’Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS). Derrière cette prise de parole, se dessine une recomposition du débat politique en République démocratique du Congo, à l’approche des échéances de 2028.
Le ton est direct. Pour Kabuya, aucun texte n’est figé. La Constitution peut et doit évoluer. Il pointe notamment certains articles jugés inadaptés, comme celui lié à l’état de siège, devenu au fil des années un instrument controversé dans la gestion de la crise sécuritaire à l’Est. Ce positionnement marque une rupture : là où certains prônent la stabilité institutionnelle, l’UDPS assume désormais une logique de révision. Une manière de reprendre l’initiative politique sur un terrain longtemps sensible.
Sur la question explosive d’un éventuel troisième mandat pour Félix Tshisekedi, Augustin Kabuya avance avec prudence. Officiellement, aucune discussion directe avec le chef de l’État. Officieusement, une porte entrouverte. Sa ligne est habile : ce n’est pas au pouvoir de décider, mais au peuple. Une formule qui déplace le centre de gravité du débat vers un possible référendum. Sans jamais prononcer clairement le mot “troisième mandat”, il en dessine les contours politiques.
Sur le front sécuritaire, le discours se durcit. Kabuya désigne clairement Paul Kagame comme le « parrain » de la rébellion du M23, une accusation récurrente dans le narratif officiel congolais. Mais il prend aussi ses distances avec certaines lectures internes du conflit, rejetant toute tentative d’impliquer Joseph Kabila dans la responsabilité de la crise. Une position qui révèle les tensions persistantes dans l’interprétation politique de la guerre à l’Est.
Interrogé sur l’initiative de dialogue portée par la Conférence épiscopale nationale du Congo (CENCO) et l’Église du Christ au Congo (ECC), Kabuya reste en retrait. Pas de position personnelle tranchée. Il s’aligne sur celle du chef de l’État, évitant de créer une dissonance au sein du pouvoir. Un silence stratégique, qui traduit la volonté de maintenir une cohérence politique dans un contexte déjà tendu.
Au final, l’interview dessine une ligne claire pour l’UDPS : assumer la révision constitutionnelle, éviter le piège du débat frontal sur le troisième mandat, privilégier le référendum comme instrument de légitimation. Cette approche permet au parti de préparer le terrain sans s’exposer directement aux critiques. Avec cette sortie médiatique, Augustin Kabuya ne se contente pas de commenter l’actualité. Il redéfinit les contours du débat national.
La question n’est plus de savoir si la Constitution sera au centre des discussions…mais jusqu’où ira cette révision. En RDC, le débat est désormais lancé. Et comme souvent, il se jouera autant dans les textes que dans la rue.
JK


