Il est des retours qui sonnent comme des aveux politiques. Au Sankuru, le verdict des urnes n’a pas seulement consacré un homme, il a exposé une fracture. Une fissure nette, profonde, au cœur même de la majorité au pouvoir. Jules Lodi signe ainsi un come-back retentissant à la tête de la province qu’il connaît déjà pour l’avoir dirigée, avant d’enchaîner un parcours fulgurant : député provincial, député national, puis sénateur. Une ascension qui aurait pu s’arrêter là. Mais face à neuf adversaires, dont Joseph Lumu, pourtant soutenu par l’UDPS Tshisekedi, Lodi a repris la main.
Derrière cette victoire, une réalité s’impose : l’Union sacrée de la Nation n’avance plus en bloc. Cette élection en est le miroir le plus cru. Car la candidature de Jules Lodi, actuel président de la commission PAJ du Sénat, n’avait pas reçu l’onction de sa propre famille politique, l’UDPS. Un paradoxe, d’autant plus frappant qu’elle était portée par l’Union sacrée via son secrétariat permanent.
Le malaise n’est pas resté feutré. Augustin Kabuya, dans l’une de ses prises de parole face aux militants du parti présidentiel, avait déjà pointé du doigt l’absence de consensus au sein du présidium de la plateforme. Un désaveu à peine voilé, dans une coalition où chaque ambition semble désormais jouer sa propre partition.
Les chiffres parlent d’eux-mêmes : 29 candidats en lice, chacun adossé à un membre du présidium. Une dispersion des soutiens qui traduit une compétition interne exacerbée, bien loin de l’image d’unité affichée. Depuis sa restructuration, l’Union sacrée peine à incarner une cohésion réelle autour du Chef de l’État. En coulisses, les rivalités s’aiguisent, les lignes bougent, et les tensions s’installent durablement. Modeste Bahati, lors de sa dernière conférence de presse, n’avait pas mâché ses mots, dénonçant une forme de léthargie au sein de la plateforme.
À mesure que se profilent des échéances politiques majeures, les signaux d’alerte se multiplient. Pour nombre d’observateurs, l’heure n’est plus à l’affichage, mais à l’introspection. Car au-delà du cas Sankuru, c’est la capacité même de l’Union sacrée à rester une force cohérente qui est désormais mise à l’épreuve.
Alain Mboma


