L’Assemblée nationale s’embrase. Et derrière les murs du Palais du peuple, c’est bien plus qu’une simple procédure parlementaire qui se joue : une bataille politique autour de la sécurité, devenue l’une des préoccupations majeures des Congolais. Une motion de défiance vient d’être déposée contre le Vice-Premier ministre en charge de l’Intérieur et de la Sécurité, Jacquemain Shabani Lukoo. À la manœuvre, le député Laddy Yangotikala, qui affirme avoir déjà réuni 56 signatures, franchissant ainsi un seuil politique significatif.
Officiellement, les griefs portent sur une « insuffisance » dans la gestion de la sécurité intérieure. Mais en réalité, cette initiative parlementaire révèle un malaise plus profond.
Depuis plusieurs mois, la situation sécuritaire se dégrade sur plusieurs fronts : À Kinshasa, la criminalité urbaine alimente un sentiment d’insécurité grandissant. Dans les grandes villes, les cas de braquages et d’actes violents se multiplient. À l’Est, la crise persistante continue de peser sur l’image globale de l’État
Dans ce contexte, le ministère de l’Intérieur apparaît comme un maillon stratégique… mais aussi vulnérable.
La question se pose avec acuité : Jacquemain Shabani Lukoo est-il réellement le principal responsable, ou devient-il le fusible d’un système sous pression ? Car la sécurité en RDC ne dépend pas d’un seul acteur. Elle implique une chaîne complexe : forces de police, services de renseignement, autorités provinciales, voire décisions politiques au sommet de l’État. Dès lors, cette motion peut être lue de deux manières : Une exigence légitime de redevabilité, face à une insécurité ressentie au quotidien par la population; Un signal politique, traduisant des tensions internes ou des repositionnements au sein de la majorité.
Avec 56 signatures déjà réunies, l’initiative du député Laddy Yangotikala envoie un message clair : une frange non négligeable de l’Assemblée souhaite un débat de fond sur la sécurité. Mais au-delà du cas Shabani, c’est la cohésion même de la majorité parlementaire qui est mise à l’épreuve. Une motion de défiance n’est jamais anodine. Elle expose publiquement les fractures, les frustrations et parfois les rivalités internes. Et dans un contexte où les attentes sociales sont fortes, chaque prise de position devient hautement politique.
Cette séquence parlementaire intervient à un moment critique. L’insécurité n’est plus seulement une question sectorielle : elle est devenue un enjeu central de gouvernance. Pour le gouvernement, le défi est double : Rassurer une population inquiète, en apportant des réponses concrètes et visibles, Maintenir une stabilité politique, en évitant que la question sécuritaire ne se transforme en crise institutionnelle.
La suite dépendra désormais de plusieurs facteurs : la capacité du Vice-Premier ministre à défendre son bilan, l’évolution du rapport de forces au sein de l’Assemblée et surtout, la pression de l’opinion publique. Une chose est certaine : cette motion dépasse la personne de Jacquemain Shabani Lukoo. Elle pose une question essentielle, presque brutale : l’État congolais est-il aujourd’hui en mesure de garantir la sécurité de ses citoyens ? Le débat est lancé. Et il s’annonce décisif.
Junior Kulele


