À l’aube, la capitale s’éveille dans un ballet inhabituel. Pas celui des taxis-bus pressés ni des marchés qui s’animent, mais celui, plus silencieux, des seaux et des bidons qui s’alignent comme des sentinelles le long des avenues. À Kinshasa, l’eau se fait attendre… et avec elle, tout le reste. Dans des communes comme Bandalungwa, Kinshasa, Ngaliema et bien au-delà, les robinets sont devenus muets. Le geste le plus banal ouvrir un robinet s’est transformé en réflexe inutile. À sa place, une autre routine s’installe : marcher, chercher, attendre.
Les habitants racontent une même histoire, répétée de parcelle en parcelle. Depuis plusieurs jours, parfois une semaine, l’eau potable ne coule plus. Et avec cette absence, c’est toute la mécanique du quotidien qui se dérègle. Se laver, cuisiner, nettoyer autant d’actes simples devenus des épreuves. Alors la ville s’adapte, comme elle sait si bien le faire. Certains parcourent de longues distances à la recherche d’une source encore active. D’autres s’agglutinent autour de rares points d’approvisionnement, dans des files où le temps s’étire et la patience s’érode. La débrouille devient règle, la solidarité parfois refuge.
« Ça fait déjà une semaine… l’eau ne revient pas », lâche un habitant, fatigué, le regard tourné vers un robinet sec. Une phrase courte, mais lourde de ce que vivent des milliers de Kinois. Et pendant que la pénurie s’étend, une autre chose manque tout autant : des explications claires. Le silence officiel, lui, alimente l’inquiétude. Car dans une ville de plus de dix millions d’âmes, l’eau n’est pas un luxe c’est le socle. Kinshasa redécouvre, à ses dépens, une vérité élémentaire : sans eau, la ville ralentit, s’essouffle… et vacille.
Junior Kulele


