L’épidémie d’Ebola continue de gagner du terrain en République démocratique du Congo et inquiète désormais bien au-delà de l’Ituri. Le gouvernement congolais a annoncé lundi une aggravation significative de la situation sanitaire avec un bilan de 118 décès suspects, contre 80 recensés seulement trois jours plus tôt.
L’annonce a été faite par le porte-parole du gouvernement, Patrick Muyaya, sur base des informations communiquées par le ministre de la Santé, Roger Kamba, actuellement en mission dans les zones affectées.
De nouveaux foyers détectés
Alors que l’épidémie semblait jusque-là concentrée en Ituri, deux nouvelles zones de santé viennent désormais s’ajouter à la liste des foyers touchés. La zone de santé de Nyankunde, située dans le territoire d’Irumu à environ 45 kilomètres de Bunia, est officiellement affectée.
Plus inquiétant encore, deux cas confirmés ont été signalés à Katwa, dans la ville commerciale de Butembo, tandis qu’un autre cas a été identifié à Goma. L’épidémie s’étend désormais sur plusieurs foyers distincts : Mongwalu, Rwampara, Bunia, Nyankunde, Butembo-Katwa, Goma
Une propagation rapide qui inquiète
Le passage de 80 à 118 décès suspects en moins de 72 heures témoigne d’une progression rapide de la maladie. Même si tous les décès ne sont pas encore confirmés en laboratoire, les autorités sanitaires redoutent une amplification de la transmission dans des zones urbaines très peuplées.
Le cas de Butembo suscite particulièrement l’inquiétude. Cette ville stratégique du Nord-Kivu avait déjà été l’un des épicentres de la violente épidémie d’Ebola de 2018-2020 qui avait fait des milliers de victimes dans l’est du pays.
Quant à Goma, principal carrefour régional à la frontière du Rwanda et de l’Ouganda, sa densité démographique et son intense activité commerciale font craindre une propagation transfrontalière du virus.
Une nouvelle variante identifiée
Selon les autorités scientifiques congolaises, cette 17e épidémie d’Ebola enregistrée en RDC depuis 1976 présente une particularité importante. Le directeur de l’Institut national de recherche biomédicale, Jean-Jacques Muyembe, a confirmé que le séquençage génétique du virus révèle une souche distincte des précédentes flambées Ebola Bundibugyo de 2007 et 2012.
D’après les analyses, cette nouvelle résurgence proviendrait directement d’un réservoir animal et non d’une transmission persistante liée aux anciennes épidémies.
L’OMS sonne l’alerte mondiale
Face à l’évolution rapide de la situation, l’Organisation mondiale de la Santé a déclaré le 17 mai une urgence de santé publique de portée internationale. Plusieurs organisations humanitaires alertent déjà sur le risque d’une crise sanitaire majeure dans une région fragilisée par les conflits armés, les déplacements massifs de populations et la faiblesse des infrastructures médicales. Selon l’ONG oxfam, plus de 400 cas suspects ont déjà été signalés depuis le début de l’épidémie.
Entre urgence sanitaire et défi sécuritaire
Cette nouvelle flambée intervient dans un contexte particulièrement délicat pour l’est de la RDC. L’insécurité persistante, les difficultés d’accès à certaines localités et la méfiance de certaines communautés compliquent considérablement les opérations de riposte.
Les autorités sanitaires tentent désormais d’accélérer l’installation de centres de traitement, le suivi des cas contacts et les campagnes de sensibilisation afin d’éviter un scénario similaire à celui de 2018, lorsque l’épidémie avait profondément déstabilisé les provinces du Nord-Kivu et de l’Ituri.
Mais avec l’apparition des premiers cas à Goma et Butembo, une nouvelle phase semble désormais s’ouvrir dans cette crise sanitaire. Et la RDC entre à nouveau dans une course contre la montre.
JK


