Ce 4 juin, Kinshasa est bien vivante. Hier, la journée « ville-morte » décrétée par l’opposition a-t-elle été un succès total ? La réponse dépendra sans doute des sensibilités politiques de chacun. Une vérité demeure toutefois difficile à contester : la capitale a affiché un visage inhabituel, loin de son rythme quotidien. Le même constat peut être dressé dans plusieurs autres villes du pays.
Quoi qu’on en dise, tandis que les communicateurs et responsables politiques de la Coalition des 64 et ceux de l’Union sacrée s’affrontent à coups de déclarations et de publications sur les réseaux sociaux, une conclusion s’impose progressivement : l’opposition n’est pas morte. Certes, elle semblait en soins intensifs à la fin de l’année 2024, mais les événements du 3 juin témoignent d’une capacité de mobilisation que beaucoup lui refusaient encore.
L’histoire offre d’ailleurs une ironie dont la politique congolaise est coutumière. L’Udps hier fille aînée de l’Opposition a vécu la même situation sous Kabila. À l’époque, le parti de Feu Etienne Tshisekedi était jugé incapable de renverser les systèmes contre les manifs de rue implémentaient par les Kalev, Général Kanyama et autres épaules galonnées. Aujourd’hui, les rôles ont changé. L’UDPS dirige les institutions et certains de ses cadres semblent parfois tentés par les mêmes réflexes que ceux qu’ils dénonçaient hier.
L’Union sacrée peut naturellement se féliciter de la reprise des activités et relativiser l’impact de la journée du 3 juin. Ses cadres peuvent même ironiser sur une mobilisation jugée insuffisante. Mais la véritable leçon est ailleurs : l’opposition existe encore. Elle cherche à se réorganiser, à reconstruire un rapport de force et à occuper simultanément plusieurs terrains de combat — la rue, les tribunaux, l’opinion publique et les relais diplomatiques.
Elle tente surtout de capitaliser sur une lassitude sociale de plus en plus perceptible. Pendant ce temps, certaines voix de la majorité, confortées par l’exercice du pouvoir, paraissent sous-estimer les signaux qui remontent du terrain et offrent parfois, involontairement, des arguments supplémentaires à leurs adversaires.
Ce 4 juin, la vie a repris son cours. Mais pour tout observateur sérieux, la « ville-morte » du 3 juin n’était pas une fin en soi. Elle n’était qu’un acte parmi d’autres dans une séquence politique qui pourrait se poursuivre dans les semaines à venir par des pétitions, des marches, des actions judiciaires ou des initiatives de plaidoyer à l’international. L’ère de l’après-ville-morte commence donc aujourd’hui et devrait sonner le réveil pour tous les camps. Qui dit mieux ?
Ngubaa Yambushi Danny


