Le mercredi 3 juin s’annonce comme une journée à haute tension politique en République démocratique du Congo. À mesure que le débat autour du changement de la Constitution et de la loi référendaire prend de l’ampleur, l’opposition radicale et la majorité présidentielle ont choisi un terrain de confrontation particulier : la rue.
D’un côté, la coalition dite de « l’Article 64 » appelle à une ville morte pour protester contre ce qu’elle considère comme une tentative de modification de l’ordre constitutionnel. De l’autre, les forces acquises au pouvoir encouragent les citoyens à poursuivre normalement leurs activités et préparent simultanément une mobilisation de soutien aux réformes institutionnelles défendues par le camp présidentiel. Au-delà des discours, c’est désormais une véritable bataille d’influence qui se joue.
Pour l’opposition, cette journée constitue un premier test grandeur nature. Après plusieurs semaines de prises de position publiques contre le projet de révision constitutionnelle, les leaders du mouvement cherchent à démontrer leur capacité de mobilisation populaire. Les appels à la ville morte se multiplient sur les réseaux sociaux, dans les groupes de discussion et à travers différents canaux de communication. L’objectif est clair : mesurer l’adhésion de la population à leur combat et envoyer un signal politique fort aux institutions qui examinent actuellement les textes controversés.
Dans les rangs de l’opposition, beaucoup considèrent que la réussite de cette action pourrait constituer un tournant dans le rapport de force avec le pouvoir. Face à cette offensive, la majorité présidentielle refuse de laisser le terrain médiatique et populaire à ses adversaires. Depuis plusieurs jours, les messages se multiplient pour appeler les Congolais à vaquer librement à leurs occupations. Les partisans du pouvoir tentent de convaincre que l’économie, les écoles, les commerces et les administrations doivent fonctionner normalement.
Parallèlement, une marche de soutien au changement de la Constitution est annoncée. Une manière pour le camp présidentiel de démontrer, lui aussi, qu’il dispose d’une base populaire capable de se mobiliser dans l’espace public. Cette stratégie traduit une volonté de transformer ce qui devait être une simple journée de protestation en un duel politique à ciel ouvert. C’est sans doute la principale inquiétude exprimée par plusieurs observateurs. Entre les appels à rester à la maison et les incitations à sortir massivement, les citoyens risquent de se retrouver au centre d’un affrontement politique dont ils ne maîtrisent pas toujours les contours.
Dans plusieurs quartiers de Kinshasa et d’autres grandes villes, une certaine psychose commence déjà à s’installer. Certains commerçants hésitent à ouvrir leurs boutiques. Des parents s’interrogent sur l’opportunité d’envoyer leurs enfants à l’école. Des travailleurs craignent d’éventuels incidents sur le chemin du travail. La bataille de communication engagée par les deux camps produit ainsi un climat d’incertitude qui pourrait peser sur la vie quotidienne des populations.
Au milieu de ce bras de fer, la Police nationale congolaise se retrouve en première ligne. Les autorités sécuritaires ont annoncé la mobilisation de leurs unités afin d’assurer la protection des personnes et de leurs biens et de prévenir tout débordement. Leur mission sera particulièrement délicate : garantir l’ordre public tout en évitant que les tensions politiques ne dégénèrent en affrontements. La manière dont les forces de l’ordre géreront cette journée sera scrutée aussi bien par le pouvoir que par l’opposition.
Au fond, le 3 juin ressemble à un référendum informel avant l’heure. Chacun des deux camps tentera de présenter les résultats de la journée comme une victoire politique. Si les rues se vident, l’opposition y verra la preuve de son influence grandissante. Si les activités se déroulent normalement et que les manifestations pro-pouvoir mobilisent du monde, la majorité criera au désaveu de ses adversaires.
Une chose est certaine : derrière cette confrontation autour de la Constitution se dessine une bataille beaucoup plus large, celle du contrôle de l’opinion publique. Et dans ce duel où chaque camp cherche à démontrer sa force, la population congolaise apparaît plus que jamais comme l’enjeu principal.
Alain Mboma


