La France a apporté un soutien appuyé à l’initiative de la République démocratique du Congo visant à faire de la gouvernance des ressources naturelles un enjeu central de paix et de sécurité internationales. Lors d’une réunion en formule Arria du Conseil de sécurité des Nations unies, organisée le 13 juillet à New York sous la présidence congolaise, Paris a dénoncé le rôle des minerais dans le financement des conflits armés et a appelé à un renforcement des mécanismes internationaux de lutte contre leur exploitation illicite.
Prenant la parole au nom de la France, son représentant permanent auprès des Nations unies, Jérôme Bonnafont, a estimé que la compétition pour le contrôle des ressources naturelles constituait aujourd’hui l’un des principaux moteurs des crises contemporaines. Selon lui, le pillage des minerais alimente les conflits, finance des groupes armés et nourrit l’instabilité dans plusieurs régions du monde, particulièrement en Afrique.
« La compétition pour le contrôle des ressources naturelles constitue à la fois un facteur de conflit et une source de revenus pour de trop nombreux acteurs qui se livrent à leur exploitation illégale », a déclaré le diplomate français, rappelant que le Conseil de sécurité suit désormais cette problématique de manière plus soutenue.
Le M23 directement pointé du doigt
Évoquant la situation dans l’est de la RDC, Jérôme Bonnafont a directement mis en cause la rébellion de l’AFC/M23 dans l’exploitation des ressources minières congolaises. Il a notamment cité le site stratégique de Rubaya, estimant que le mouvement rebelle contrôle entre 15 % et 30 % de la production mondiale de coltan, une ressource essentielle à l’industrie électronique mondiale.
Selon le représentant français, cette exploitation permet au M23 de financer son administration parallèle en violation de la souveraineté de la RDC, tandis que les populations congolaises continuent de subir les conséquences du pillage de leurs richesses naturelles.
Paris réaffirme son soutien à la résolution 2773
La France a, par ailleurs, renouvelé son appel à l’application intégrale de la résolution 2773 du Conseil de sécurité. Jérôme Bonnafont a insisté sur la nécessité d’obtenir la cessation immédiate des hostilités, le retrait des Forces de défense rwandaises du territoire congolais, la fin du soutien au M23 ainsi que la poursuite de la neutralisation des FDLR.
Le diplomate a également plaidé pour un recours plus systématique aux mécanismes de sanctions, aux groupes d’experts des Nations unies ainsi qu’aux dispositifs internationaux de transparence et de traçabilité des minerais afin de couper les circuits de financement des groupes armés.
Kinshasa veut placer les ressources naturelles au cœur de l’agenda international
À travers cette réunion, la RDC poursuit l’une des principales priorités de sa présidence du Conseil de sécurité : démontrer que la gouvernance des ressources naturelles est indissociable des questions de paix, de sécurité et de développement durable.
L’initiative congolaise ambitionne de combler les insuffisances du cadre juridique international face aux économies de guerre, tout en promouvant une gestion responsable des minerais critiques comme levier de paix, de transition énergétique, de transformation numérique et de résilience des chaînes d’approvisionnement mondiales.
Cette rencontre s’inscrit dans la continuité du briefing consacré, le 8 juillet dernier, aux violences sexuelles liées aux conflits, présidé par la Première ministre Judith Suminwa Tuluka. Les deux initiatives mettent en lumière les conséquences humaines et économiques des conflits alimentés par l’exploitation illégale des ressources naturelles.
Diplomatie active, terrain toujours sous tension
Cette offensive diplomatique intervient alors que la RDC multiplie les initiatives internationales, notamment après la signature de l’accord de Washington entre Kinshasa et Kigali et le lancement d’un partenariat stratégique avec les États-Unis autour des minerais critiques. Cependant, malgré ces avancées diplomatiques, la situation sécuritaire demeure extrêmement préoccupante. Le processus de Doha, censé faciliter un dialogue entre Kinshasa et l’AFC/M23 sous la médiation du Qatar, reste dans l’impasse.
Sur le terrain, les rebelles de l’AFC/M23 continuent de contrôler Goma, Bukavu et plusieurs territoires du Nord-Kivu et du Sud-Kivu. Les affrontements persistent dans plusieurs zones, illustrant le fossé qui subsiste entre les engagements diplomatiques et la réalité militaire.
Pour Kinshasa, la bataille ne se joue donc plus seulement sur le front militaire. Elle se mène également dans les enceintes diplomatiques, où la RDC cherche désormais à convaincre la communauté internationale que le pillage des ressources naturelles constitue l’un des principaux carburants de la guerre dans l’est du pays et qu’il doit être traité comme une menace majeure à la paix mondiale.
JK


