La République démocratique du Congo ne veut plus être seulement le pays d’où sont extraits les minerais indispensables à la transition énergétique mondiale. Elle veut désormais devenir le pays où se crée une partie de la richesse qu’ils génèrent. C’est le message porté par la ministre d’État aux Affaires étrangères, Thérèse Kayikwamba Wagner, lors d’une réunion de haut niveau des Nations unies tenue à New York sur les chaînes d’approvisionnement des minéraux critiques.

Face aux États membres de l’ONU, la cheffe de la diplomatie congolaise a posé une question qui résume à elle seule les nouvelles ambitions économiques de Kinshasa : « Où demeure la valeur créée par les minéraux critiques ? » Selon elle, la transition énergétique mondiale ne pourra être qualifiée de juste tant que les pays producteurs continueront à exporter des matières premières sans bénéficier de la plus grande partie de la valeur ajoutée créée par leur transformation industrielle.
« Pendant trop longtemps, les pays producteurs ont été réduits au rôle de fournisseurs de matières premières, tandis que la transformation industrielle, les technologies et les bénéfices économiques étaient concentrés ailleurs », a déclaré Thérèse Kayikwamba Wagner.
Passer de l’extraction à l’industrialisation
À travers cette intervention, la RDC défend un changement profond du modèle économique qui régit aujourd’hui les marchés des minerais stratégiques. Premier producteur mondial de cobalt et acteur incontournable pour le cuivre, le coltan et d’autres minerais essentiels à la fabrication des batteries, des véhicules électriques et des technologies vertes, le pays souhaite désormais attirer les investissements dans les activités de raffinage, de transformation et de fabrication à forte valeur ajoutée.
Pour Kinshasa, la richesse minière ne doit plus seulement quitter le territoire sous forme de minerais bruts. Elle doit aussi créer des emplois qualifiés, soutenir l’industrialisation nationale et contribuer durablement à la croissance économique.
Une nouvelle vision des partenariats
La ministre congolaise a appelé les partenaires internationaux à construire une coopération fondée sur un partage plus équilibré des bénéfices de la transition énergétique. Elle a plaidé pour des investissements dans les infrastructures, l’énergie, la recherche scientifique, la formation des compétences locales et les nouvelles technologies, tout en insistant sur la nécessité de moderniser et de formaliser l’exploitation minière artisanale afin de mieux intégrer les communautés locales aux chaînes de valeur.
Selon elle, la gouvernance des ressources naturelles doit désormais s’appuyer sur davantage de transparence, un renforcement des capacités nationales et une meilleure coordination entre les politiques nationales, africaines et internationales.
Une stratégie diplomatique assumée
Cette prise de position s’inscrit dans une offensive diplomatique plus large menée par la RDC pour repositionner les ressources naturelles comme un levier de développement plutôt qu’une source de conflits. Depuis plusieurs semaines, Kinshasa multiplie les initiatives aux Nations unies afin d’inscrire la gouvernance des ressources naturelles au cœur des débats internationaux. Cette démarche intervient alors que le pays assure, durant le mois de juillet, la présidence du Conseil de sécurité de l’ONU.
Après la réunion en formule Arria consacrée au lien entre les ressources naturelles et les conflits armés, un débat public de haut niveau présidé par le président Félix-Antoine Tshisekedi est prévu le 22 juillet. Il sera consacré à la gouvernance des ressources naturelles comme fondement de la paix, de la sécurité et de la prospérité.
Le défi de transformer le discours en résultats
Au-delà des déclarations, le véritable défi reste désormais celui de la mise en œuvre. Pour convaincre les investisseurs et développer une véritable industrie minière intégrée, la RDC devra améliorer son climat des affaires, renforcer ses infrastructures énergétiques et logistiques, stabiliser son cadre réglementaire et sécuriser les zones de production.
Dans un contexte où les minerais critiques sont devenus des ressources stratégiques pour l’économie mondiale, Kinshasa entend changer les règles du jeu. Son objectif n’est plus seulement d’être un fournisseur incontournable de la transition énergétique, mais d’en devenir l’un des principaux bénéficiaires.
JK


