Kinshasa veut changer de visage. Mais pour transformer durablement la capitale, encore faut-il que ceux qui interviennent sur le terrain avancent dans la même direction. C’est tout l’enjeu de la rencontre organisée samedi entre la Task Force présidentielle de salubrité et d’assainissement, l’Hôtel de Ville et les bourgmestres des communes de Kinshasa. Trois mois après la décision du président Félix Tshisekedi de mettre en place cette structure, les différents acteurs ont entrepris de remettre de l’ordre dans leurs propres mécanismes de collaboration.
Au centre des discussions : les opérations d’assainissement, la lutte contre l’occupation anarchique des emprises publiques, la gestion des déchets, mais surtout la nécessité de définir clairement qui fait quoi, où et comment. Coordonnateur de la Task Force, le lieutenant-général Jean-Pierre Kasongo Kabwik a insisté sur le caractère complémentaire de la mission confiée à cette structure. Selon lui, son déploiement dans la capitale ne doit pas être perçu comme une volonté de se substituer aux autorités provinciales ou municipales.
La Task Force, explique-t-il, intervient en accompagnement des actions déjà menées par la ville et les communes. Sa présence est par ailleurs présentée comme temporaire, avec une mission spécifique visant à donner une impulsion aux opérations d’assainissement. Cette précision intervient dans un contexte où les interventions de terrain avaient parfois donné lieu à des incompréhensions entre les différents niveaux de l’administration.
Du côté de l’Hôtel de Ville, le constat est assumé. Le ministre provincial de l’Environnement et de l’Embellissement de la ville, Léon Mulumba, reconnaît que les mécanismes de collaboration n’avaient pas été suffisamment établis avant le déploiement de la Task Force. La réunion de samedi devait donc permettre de combler ce vide organisationnel. Désormais, les autorités provinciales, les communes et la Task Force doivent travailler dans un cadre mieux défini, avec des responsabilités plus lisibles.
L’enjeu dépasse la simple coordination administrative. Dans une ville confrontée à l’accumulation des déchets, à l’obstruction des ouvrages de drainage, à l’occupation des espaces publics et à une croissance urbaine difficile à maîtriser, l’efficacité de l’assainissement dépend aussi de la cohérence des interventions. Pour les bourgmestres, l’implication de l’administration territoriale doit être renforcée.
Jean-Serge Poba, bourgmestre de Lemba et coordonnateur du collectif des bourgmestres de Kinshasa, considère cette rencontre comme une véritable première prise de contact avec la Task Force. Les responsables municipaux disent vouloir accompagner davantage les opérations, dans la mesure où la salubrité ne peut être durablement imposée depuis le sommet sans l’implication des autorités de proximité.
Le message est donc désormais clair : la Task Force apporte son concours, l’Hôtel de Ville coordonne dans son champ de compétence et les communes doivent jouer pleinement leur rôle auprès des populations. Créée par ordonnance présidentielle le 25 juin 2026, la Task Force présidentielle de salubrité et d’assainissement ne se limite pas au ramassage des immondices. Elle est chargée d’élaborer et de coordonner le plan présidentiel de salubrité, d’identifier les principaux foyers d’insalubrité et d’en assurer le traitement et le suivi.
Elle doit également contribuer à la collecte, au transfert, au traitement et à la valorisation des déchets. Son mandat comprend aussi l’écurage des ouvrages prioritaires de drainage, la promotion de la discipline urbaine, de l’hygiène publique et du civisme environnemental, ainsi que la sensibilisation des communautés.
La nouvelle dynamique engagée avec l’Hôtel de Ville marque ainsi une étape importante : après la mobilisation des moyens et le déploiement des équipes, place à la coordination. Car pour rendre Kinshasa réellement propre, l’urgence n’est plus seulement de nettoyer. Il faut désormais organiser, coordonner et inscrire l’assainissement dans la durée.
La rédaction de b-onetv.cd


