Le pasteur et chantre Carlyto Lassa est décédé ce lundi 31 août 2026 à Cincinnati, aux États-Unis, à l’âge de 65 ans, selon le Forum des Congolais de Cincinnati. Il s’y trouvait dans le cadre d’une campagne d’évangélisation organisée les 29 et 30 août. Avec lui disparaît une voix singulière de la musique congolaise, un artiste dont le parcours aura traversé deux univers : les grandes heures de la rumba profane et une profonde reconversion au service de l’Évangile.
Il y a des voix qui appartiennent à une époque. Et puis il y a celles qui finissent par appartenir à la mémoire. Carlyto Lassa était de celles-là. Avant le pasteur, avant le chantre, avant l’homme de foi qui consacra sa voix à Dieu, il y eut Carlyto, l’une des voix marquantes de la rumba congolaise.
Un timbre reconnaissable, à la fois limpide, mélancolique et profondément expressif, qui avait séduit les mélomanes du Zaïre et accompagné quelques-unes des pages importantes de la musique congolaise. On le présentait encore récemment comme une ancienne icône de la musique populaire congolaise.
Maya, la chanson qui révéla une voix
Né Charles Ndombasi Lassa en 1961, Carlyto se fait connaître du grand public notamment grâce à « Maya », une composition du poète Simaro Lutumba Masiya. Son talent vocal, repéré notamment par Gérard Madiata, lui ouvre progressivement les portes du monde professionnel.
En 1984, sa voix accompagne notamment Pépé Kallé dans l’album Liki ya Bilima de Lutumba, qui comprend une nouvelle version de « Maya », ainsi que « Bon Samaritain » de Papa Noël. Cette période contribue à installer Carlyto parmi les voix recherchées de la scène congolaise.
Puis vient Choc Stars.
En 1986, Carlyto rejoint l’orchestre de Ben Nyamabo, aux côtés de plusieurs grandes figures de la musique congolaise. Sa voix y apporte une couleur particulière et participe à l’âge d’or de cette formation. Il avait également fait un passage remarqué dans le mythique OK Jazz, où il interpréta notamment des œuvres liées à l’univers de Lutumba Simaro et Papa Noël.
Africa na moto, le dernier chapitre profane
Avant le grand tournant spirituel, Carlyto connaît également une aventure solo. En 1996 paraît Africa na moto, un album qui porte encore l’empreinte du Carlyto de la rumba. On y retrouve notamment « Châtelet », « Africa na moto », « Bajaloux », « Rien que cette rose » et surtout « Makolo ya Masiya », morceau devenu emblématique de cette période.
Paradoxalement, « Makolo ya Masiya » sera l’une des dernières chansons de sa période profane avant sa conversion au christianisme. Le titre, construit sur une trame de rumba, racontait la douleur d’une femme abandonnée pour des raisons d’argent et établissait une comparaison avec la souffrance du Christ. Comme si, déjà, quelque chose annonçait la suite.
Puis la musique change de direction
Au tournant des années 2000, Carlyto opère une rupture profonde. Celui qui avait chanté l’amour, les blessures et les histoires de la vie dans les salons et les bars de la capitale choisit désormais de mettre sa voix au service de sa foi. En 2001, il signe La Reconnaissance, un album entièrement marqué par cette nouvelle orientation.
« Kumama Yawe », « Tala Muana na Mpate », « Pole na Ngai », « Ce n’est plus moi », « Kanda dia Nzambi », « Mufalme wa Wafalme », « Azali Nzambe » ou encore « Yesu Yo Mobikisi » deviennent les pièces d’une nouvelle histoire musicale.
Ce n’est plus simplement un changement de répertoire. C’est une nouvelle identité. La star de la rumba devient chantre. Le chanteur devient prédicateur. Et la scène devient désormais une chaire. Son album Confiance – Kili Kili Azongi, sorti en 2004 avec notamment Golly Imengo, prolongera cette trajectoire.
Une conversion devenue une seconde carrière
Pendant plus de deux décennies, Carlyto Lassa va ainsi construire une importante carrière dans la musique chrétienne et le ministère pastoral. Sa trajectoire avait quelque chose de singulier : il ne reniait pas l’artiste qu’il avait été. Il semblait plutôt donner un nouveau sens à cette voix qui l’avait conduit au sommet de la musique populaire.
De Maya à la reconnaissance
C’est peut-être là que réside toute la singularité de Carlyto Lassa. Il aura connu les projecteurs de la rumba, les orchestres mythiques, les grandes collaborations et les chansons qui traversent les générations. Puis, au sommet d’une autre maturité, il aura choisi de déposer cette notoriété devant Dieu.
De « Maya » à « La Reconnaissance », son parcours ressemble à une longue traversée musicale : de la gloire des scènes à la foi, de la rumba au gospel, du succès populaire au témoignage spirituel. À Cincinnati, alors qu’il venait encore de consacrer deux journées à l’évangélisation, sa voix s’est définitivement tue.
Mais les voix véritablement marquantes ne disparaissent jamais complètement. Elles restent dans les sillons des disques, dans les souvenirs des mélomanes, dans les refrains que l’on reprend longtemps après que leur interprète a quitté la scène. Carlyto Lassa quitte le monde terrestre, mais « Maya », « Makolo ya Masiya », « La Reconnaissance » et tant d’autres témoignages de son parcours continuent de raconter l’histoire d’un homme qui aura vécu plusieurs vies dans une seule voix.
Junior Kulele


