Le Dialogue national annoncé par Félix Tshisekedi commence à prendre forme, mais une chose apparaît déjà clairement : le Palais de la Nation entend conserver le contrôle du processus de préparation. L’ordonnance présidentielle lue dimanche par la porte-parole du chef de l’État, Tina Salama, met en place un comité chargé de préparer le terrain avant l’installation de la commission préparatoire proprement dite.
Une nuance importante : la structure créée n’est donc pas encore l’organe qui conduira les assises du dialogue. Elle doit d’abord en préparer les conditions. À sa tête, trois niveaux sont prévus : un coordonnateur, un coordonnateur adjoint et des membres. Tous seront désignés par Félix Tshisekedi, qui dispose également du pouvoir de mettre fin à leurs fonctions. Le président pourra en outre intégrer à l’équipe toute personnalité ou personne ressource dont l’expertise sera jugée utile.
Autrement dit, avant même que les participants au futur dialogue ne prennent place autour de la table, le mécanisme chargé de préparer cette table est lui-même placé sous l’autorité directe du chef de l’État. Le comité aura une mission particulièrement large. Il devra prendre contact avec les différentes composantes de la société, préparer les rencontres préalables et identifier les moyens nécessaires au déroulement du processus : finances, matériel, logistique, sécurité, expertise technique, communication et protocole.
Il devra également travailler avec les partenaires nationaux et internationaux, conformément aux orientations présidentielles. Mais le dispositif ne s’arrête pas là. Un secrétariat technique de onze experts accompagnera le comité. Ces spécialistes, eux aussi désignés par le président de la République, auront notamment pour tâche de préparer les termes de référence, travailler sur la feuille de route, analyser les données recueillies lors des consultations et assurer la documentation des réunions.
La recherche du consensus est présentée comme un principe de fonctionnement. Le comité pourra entendre toute personne ou organisation susceptible d’apporter un éclairage à ses travaux. Mais sur le plan institutionnel, la chaîne de responsabilité reste très verticale. Le comité devra rendre compte régulièrement au chef de l’État, notamment à travers des notes d’étape, des briefings ou des rapports circonstanciés. Les orientations présidentielles lui seront transmises par le directeur de cabinet.
Et contrairement à une commission temporaire classique, ce comité n’a pas de durée de vie prédéterminée. Sa mission doit accompagner l’ensemble du processus et ne prendra fin qu’après la présentation de son rapport final. Son fonctionnement sera financé principalement par le Trésor public. Ses membres et les experts bénéficieront par ailleurs d’une allocation forfaitaire mensuelle dont le montant sera fixé selon les modalités prévues par l’ordonnance.
Autre particularité : le silence est institutionnalisé. Avant leur entrée en fonction, membres, experts et personnes associées devront signer un engagement de confidentialité. Secret professionnel, réserve et discrétion leur sont imposés concernant les documents, consultations et délibérations auxquels ils auront accès. Toute communication publique sur les travaux du comité devra également respecter les modalités arrêtées par la présidence.
Si l’architecture administrative est désormais connue, les grandes inconnues politiques demeurent.
Qui composera réellement ce comité ? Qui participera au futur dialogue ? Selon quels critères ? Quel calendrier sera retenu ? Quels sujets seront mis sur la table ? Et surtout, quelle place sera accordée aux forces politiques qui contestent le format actuellement défini par le pouvoir ? Ces interrogations pourraient devenir déterminantes dans la bataille autour de la crédibilité du processus. Une partie de l’opposition et des confessions religieuses réclame en effet des garanties d’inclusivité et un cadre de préparation jugé suffisamment indépendant.
Le pouvoir, lui, maintient son cap : un dialogue organisé en RDC, sans interruption des institutions existantes et appelé à évoluer parallèlement aux autres initiatives diplomatiques consacrées à la crise dans l’Est du pays. Le premier verrou administratif vient donc de sauter. Le prochain sera politique : parvenir à convaincre ceux qui doivent s’asseoir à la table que la table n’a pas été dressée d’avance.
Junior Kulele


