Le Dialogue national voulu par Félix Tshisekedi change désormais de dimension. Annoncé comme une initiative destinée à rechercher la paix, renforcer la cohésion nationale et poser les bases d’une refondation de l’État, le processus entre dans sa première phase concrète avec la signature d’une ordonnance présidentielle.
L’information a été confirmée par Tina Salama, porte-parole du chef de l’État. Félix Tshisekedi a signé le texte qui fixe l’organisation et le fonctionnement du Comité d’organisation du Dialogue national pour la paix, la cohésion et la refondation de l’État. Ce comité constitue, en quelque sorte, la première pièce opérationnelle du dispositif.
Sa mission sera de préparer les aspects administratifs, matériels et logistiques du dialogue. Sa composition n’a toutefois pas encore été rendue publique. Cette étape découle directement de l’adresse à la nation du 27 août dernier, au cours de laquelle le président de la République avait annoncé le lancement du processus.
Le mécanisme envisagé repose sur une démarche progressive : le Comité d’organisation doit d’abord produire un rapport préliminaire. Ce document servira ensuite de base à une nouvelle ordonnance présidentielle appelée à convoquer officiellement les assises et à préciser leur cadre. Le dispositif prévoit également la mise en place d’une Commission préparatoire, appelée notamment à élaborer la feuille de route et à conduire les consultations politiques et techniques.
Le président Tshisekedi veut que le dialogue parte du pays profond avant de converger vers Kinshasa. Les 26 provinces sont ainsi appelées à accueillir des consultations réunissant autorités locales, élus, formations politiques, société civile, confessions religieuses et représentants de différents secteurs professionnels. Les assises nationales dans la capitale devraient ensuite constituer l’aboutissement de cette consultation à l’échelle du pays.
L’ambition affichée est de parvenir à un Pacte national pour la paix, la cohésion et la refondation de l’État, accompagné d’un mécanisme permettant de suivre publiquement les engagements pris, les responsables désignés et les échéances retenues. Mais le processus démarre dans un environnement politique loin d’être consensuel.
Le chef de l’État a fixé des lignes rouges. Les groupes qui combattent les institutions par les armes, occupent des territoires par la force ou sont considérés comme agissant au profit d’une puissance étrangère ne devraient pas participer au dialogue dans son volet politique. Cette position place notamment l’AFC/M23 en dehors du format présidentiel, les discussions avec Kinshasa se poursuivant dans le cadre distinct du processus de Doha.
Autre limite posée par la présidence : le dialogue ne devrait déboucher ni sur une amnistie générale pour les crimes les plus graves, ni sur une suspension des institutions de la République. Ces choix alimentent déjà les critiques d’une partie de l’opposition. Certains acteurs réclament un cadre plus consensuel, une médiation indépendante et une implication accrue des organisations régionales et internationales.
D’autres contestent surtout le fait que le chef de l’État ait défini lui-même les contours du processus. La question de l’inclusivité sera donc au cœur de la prochaine étape. Qui sera invité ? Qui restera à la porte ? Qui fixera les règles du jeu ? Et surtout, quelle portée réelle auront les conclusions du dialogue ? Pour la présidence, le calendrier est désormais enclenché et le processus doit rester limité à trois mois.
Avec cette ordonnance, le Dialogue national quitte donc le terrain des annonces pour entrer dans celui de l’organisation. Le décor institutionnel commence à se mettre en place. Reste maintenant le plus difficile : convaincre les différentes forces politiques et sociales du pays que ce dialogue peut réellement devenir un espace de compromis, plutôt qu’un nouveau front de confrontation politique.
Junior Kulele


