La journée du mardi 15 septembre devait être, pour la coalition C64, celle d’une démonstration de force dans les rues de Kinshasa. Mais la mobilisation de l’opposition n’a finalement pas atteint sa destination annoncée. Partie de l’échangeur de Limete, la foule conduite notamment par Jean-Marc Kabund, Martin Fayulu et Delly Sesanga a été dispersée avant de parvenir au Palais du peuple, où s’ouvrait au même moment la session ordinaire de septembre du Parlement.
Tout commence en fin de matinée à l’échangeur de Limete. L’attente est longue, mais l’arrivée de Jean-Marc Kabund, vers 12h30, donne une nouvelle impulsion au rassemblement. Rapidement rejoint par Martin Fayulu et Delly Sesanga, le président de l’Alliance pour le changement s’engage sur le boulevard Lumumba avec plusieurs milliers de militants. Dans les premiers kilomètres, le cortège avance sous escorte policière.
Drapeaux et calicots des différentes formations politiques sont visibles dans la foule, tandis que les manifestants scandent des slogans hostiles au pouvoir. L’ambiance reste relativement maîtrisée, malgré la progression lente d’une mobilisation estimée à plusieurs milliers de personnes. Mais progressivement, la situation se tend. Les consignes données par les responsables de l’encadrement sont diversement suivies.
Une partie des manifestants déborde sur la chaussée opposée, perturbant fortement la circulation. Le cortège se fragmente et les mouvements de foule deviennent plus difficiles à contrôler. À hauteur des 13e et 12e rues de Limete, des détonations provoquent les premiers mouvements de panique. La tension monte d’un cran lorsque des jeunes présentés comme appartenant à la Force du progrès, structure proche de l’UDPS, apparaissent sur le parcours avec des objets assimilés à des armes blanches. Des heurts éclatent.
Face à cette situation, la Police utilise des gaz lacrymogènes pour tenter de disperser les protagonistes. Le boulevard Lumumba se transforme momentanément en zone de confrontation. La circulation est paralysée et plusieurs manifestants cherchent refuge, certains gagnant notamment la passerelle de la 13e rue. Dans la confusion, les principaux leaders de la marche se retrouvent séparés de la grande masse des manifestants. Jean-Marc Kabund, Martin Fayulu et Delly Sesanga quittent progressivement le secteur alors que la foule venue notamment de la Tshangu se disperse sous la pression des affrontements.
La destination initialement annoncée ne sera donc jamais atteinte. Le mémorandum que la C64 entendait déposer auprès des autorités au Palais du peuple ne sera pas remis dans les conditions prévues. Martin Fayulu parvient néanmoins à rejoindre le siège de l’ECIDé, sur le boulevard Triomphal. Visiblement affecté par les événements, il y tient un point de presse au cours duquel il dénonce ce qu’il qualifie de répression de la manifestation.
Cette marche intervient dans un contexte politique particulièrement sensible. La C64 entendait protester contre le projet de changement de Constitution et s’opposer à la loi sur le référendum renvoyée au Parlement. Son choix de manifester le même jour que la rentrée parlementaire donnait à l’initiative une forte portée symbolique. Mais le déroulement de la journée aura surtout montré la difficulté de maintenir une mobilisation massive dans un environnement politique et sécuritaire aussi tendu.
D’un côté, l’opposition a réussi à rassembler plusieurs milliers de personnes et à imposer son message dans l’espace public. De l’autre, la dispersion du cortège avant son point de chute constitue un échec par rapport à l’objectif opérationnel annoncé. Entre la mobilisation politique, les restrictions sur le parcours, l’intervention des forces de sécurité et les affrontements avec des militants favorables au pouvoir, Kinshasa aura vécu une journée où la contestation s’est exprimée, mais sans parvenir à franchir toutes les barrières dressées sur son chemin.
La marche du 15 septembre laisse ainsi une question en suspens : après cette mobilisation interrompue, le bras de fer autour du projet de changement constitutionnel se déplacera-t-il désormais dans l’arène parlementaire et autour du dialogue politique annoncé ?
JK


