Les engagements de paix ne font pas taire les armes. Dans l’Est de la République démocratique du Congo, la poursuite des affrontements entre les Forces armées congolaises, appuyées par les Wazalendo, et l’AFC/M23 soutenue par les forces rwandaises ravive les inquiétudes des Nations unies.
À Genève, l’organisation internationale a lancé un nouvel appel à l’arrêt immédiat des combats, tout en réclamant le retrait des troupes rwandaises du territoire congolais. « Les armes doivent se taire de toute urgence. » C’est le message sans équivoque porté, vendredi 2 octobre, par Awa Dabo, Haut-Commissaire adjointe des Nations unies aux droits de l’homme, lors de la 63e session du Conseil des droits de l’homme, consacrée notamment à la situation en RDC.
Cette interpellation intervient dans un contexte marqué par l’intensification des affrontements au Nord-Kivu et au Sud-Kivu depuis la mi-septembre, malgré les processus diplomatiques engagés à Washington et à Doha, ainsi que les efforts de médiation de l’Union africaine. Pour les Nations unies, le décalage entre les engagements pris autour de la table des négociations et la réalité sécuritaire sur le terrain demeure préoccupant.
Derrière les discussions diplomatiques, la crise humanitaire continue de peser lourdement sur les populations. Selon les chiffres évoqués par Awa Dabo, plus de 6,1 millions de personnes sont déplacées à l’intérieur du pays, contraintes de fuir leurs domiciles pour échapper aux violences. Pour ces millions de Congolais, la paix ne saurait se résumer à des déclarations ou à des accords.
Elle doit se traduire par la possibilité de circuler sans crainte, d’envoyer les enfants à l’école, de se rendre au travail et de retrouver les siens en sécurité. La responsable onusienne a ainsi réitéré l’appel de son institution au gouvernement rwandais pour qu’il retire ses troupes de la RDC et mette fin à son soutien à l’AFC/M23. Elle a également rappelé que toutes les parties au conflit sont tenues de respecter le droit international humanitaire et les droits humains.
Pour les Nations unies, le règlement du conflit ne peut faire l’économie de la question des responsabilités. Awa Dabo insiste sur la nécessité d’intégrer pleinement les droits humains aux processus de paix en cours, afin que les auteurs de crimes graves répondent de leurs actes. La paix, souligne-t-elle, doit aussi prendre en compte les attentes légitimes des victimes : connaître la vérité, obtenir justice et réparation, et bénéficier de garanties contre la répétition des violences.
Dans cette perspective, le Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme affirme avoir soumis aux parties au conflit et aux médiateurs un ensemble de mesures de confiance applicables dans le cadre des processus de Washington, de Doha et de la médiation de l’Union africaine. Ces propositions reposent sur des actions concrètes, assorties d’échéances précises et vérifiables, destinées à renforcer la protection des civils et à créer les conditions d’une paix durable.
L’alerte de l’ONU ne se limite pas au front militaire. Awa Dabo a également exprimé ses préoccupations concernant les restrictions de l’espace civique en RDC, évoquant les arrestations, les intimidations et les agressions visant des journalistes, des défenseurs des droits humains et des opposants politiques. Pour elle, la stabilité ne peut se construire durablement sans libertés publiques, sans participation citoyenne et sans possibilité de demander des comptes aux responsables politiques.
Cette dimension élargit le débat sur la paix : au-delà de la cessation des combats, il s’agit également de préserver les conditions nécessaires à une société dans laquelle les droits fondamentaux sont respectés. Plus d’un an après l’occupation de Goma et de Bukavu par l’AFC/M23, les espoirs suscités par les initiatives diplomatiques restent confrontés à une réalité sécuritaire difficile.
Les processus de Washington, axé sur les tensions entre Kinshasa et Kigali, et de Doha, consacré aux discussions entre le gouvernement congolais et l’AFC/M23, n’ont pas encore permis de répondre pleinement aux attentes des populations. Le nouvel appel de Genève remet ainsi au centre une exigence fondamentale : faire correspondre les engagements diplomatiques aux actes sur le terrain.
Car la crédibilité d’un processus de paix se mesure moins aux signatures qu’à sa capacité à protéger les populations. Tant que les armes continueront de parler et que les civils resteront exposés aux violences, la paix dans l’Est congolais demeurera un objectif à concrétiser plutôt qu’une réalité acquise.
La rédaction de b-onetv.cd


