À peine signé aux États-Unis, l’accord sécuritaire entre la République Démocratique du Congo (RDC) et le Rwanda vacille. Dans son discours d’hier, le président Félix Tshisekedi a accusé Kigali d’avoir déjà violé l’esprit et la lettre de l’engagement pris à Washington le 4 décembre, évoquant des bombardements sur les hauts plateaux d’Uvira, menés depuis le territoire rwandais.
« Les Forces de défense rwandaises ont conduit des attaques à l’arme lourde depuis la ville rwandaise de Bugarama, provoquant de lourds dégâts matériels et humains », a déploré M. Tshisekedi. Il est important de noter que ces accusations avaient déjà été portées officiellement par les FARDC (Forces Armées de la RDC) et relayées par le Ministre de la Communication, Patrick Muyaya, avant cette intervention présidentielle sur l’état de la Nation.
Pour plusieurs observateurs, ces faits constituent un acte politique délibéré du Rwanda d’où sont partis les bombardements. De ce fait, Paul Kagame, en agissant ainsi ou en laissant agir de la sorte, teste l’opinion internationale sur l’importance accordée à l’exécution des prescrits de l’Accord de Washington. Il défie, de fait, l’autorité du parrain américain, Donald Trump, dans un contexte où Washington entendait imposer un nouveau cadre de stabilité dans la région des Grands Lacs, s’en vantant dans les chancelleries.
En signant cet accord sous le regard de l’administration américaine, Kigali et Kinshasa semblaient s’engager dans une logique de désescalade. La reprise présumée des tirs en territoire congolais change la donne : elle place Kigali dans une posture de contestation diplomatique vis-à-vis de Washington et révèle la fragilité d’un texte davantage porté par des intérêts géopolitiques que par une réelle confiance mutuelle.
Le message est clair : pour le Rwanda, la signature ne vaut pas nécessairement renoncement à sa stratégie sécuritaire à l’Est de la RDC. Pour les États-Unis, le défi est désormais ouvert : soit imposer le respect de l’accord qu’ils ont parrainé, soit accepter que leur influence dans la région soit publiquement mise à l’épreuve.
La crise congolo-rwandaise n’est donc plus seulement un conflit de voisinage ; elle devient un test de crédibilité diplomatique internationale. Ce, à moins que dans ce bal de puissances, les intentions exprimées le jour divergent de commun accord aux visées concoctées dans l’obscurité de la nuit.
Danny Ngubaa Yambushi


