Le séisme n’a pas fini de produire ses répliques. À peine annoncée, la destitution de Modeste Bahati Lukwebo plonge désormais l’Alliance des Forces Démocratiques du Congo (AFDC-A) dans une crise ouverte, où deux légitimités s’affrontent, deux discours s’opposent, et une même question déchire le parti : qui détient réellement le pouvoir ? Car derrière le fracas médiatique de cette éviction, une autre réalité s’impose celle d’un parti coupé en deux.
Tout est parti d’une annonce spectaculaire faite dans le cadre feutré du Kin Plaza Arjaan by Rotana. Des cadres du parti y ont proclamé la destitution de Modeste Bahati Lukwebo et la désignation de Otto Bahizi pour piloter une transition. Mais à peine rendue publique, la décision a été rejetée avec fermeté par une autre frange de l’AFDC-A, qui dénonce un « coup de force » orchestré par ce qu’elle qualifie de « poignée d’individus » sans légitimité.
D’un côté, les partisans du changement évoquent une gouvernance devenue solitaire, opaque, déconnectée des instances du parti. Ils justifient la rupture par une nécessité de « sauver » l’AFDC-A d’une dérive interne. De l’autre, les fidèles de Modeste Bahati Lukwebo montent au créneau. Pour eux, rien n’a changé : l’autorité morale reste en place, investie d’un mandat de cinq ans issu du congrès du 13 mars 2026 à Kinshasa. Ils vont plus loin en affirmant que toute tentative de destitution est nulle, illégale et sans effet.
Face à ce qu’elle considère comme une usurpation, la direction reconnue du parti annonce des poursuites judiciaires immédiates contre les auteurs de cette « destitution ». Un tournant décisif. Car le conflit quitte désormais le terrain politique pour s’installer dans l’arène judiciaire, où se jouera la bataille de la légitimité. Dans cette guerre de positions, chaque camp revendique le droit d’engager le parti, de parler en son nom, et de tracer son avenir.
Au cœur de cette tempête, Otto Bahizi apparaît comme la figure d’une transition contestée. Pour ses soutiens, il incarne le renouveau. Pour ses détracteurs, il symbolise une tentative de prise de pouvoir illégitime. Le risque est désormais clair : celui d’une implosion. Car au-delà des hommes, c’est l’unité même de l’AFDC-A qui vacille, fragilisée par des ambitions concurrentes et des interprétations divergentes des textes du parti.
Dans les coulisses du pouvoir congolais, l’affaire est suivie de près. Elle illustre une constante : dans les partis politiques, la légitimité ne repose pas seulement sur les textes, mais aussi sur le rapport de force. À l’AFDC-A, la page Bahati est-elle en train de se tourner… ou de se défendre ? Pour l’heure, une seule certitude : la crise est loin d’être terminée. Et son issue redessinera, à coup sûr, les équilibres internes d’un parti clé de la scène politique congolaise.
Junior Kulele


