La séance plénière de ce mercredi, présidée par le premier vice-président Jean-Claude Tshilumbayi, a été marquée par une agitation inhabituelle. Alors que les députés débattaient des pétitions visant cinq des sept membres du Bureau, dont le président Vital Kamerhe, l’élu d’Uvira, Justin Bitakwira, a rompu le fil des discussions en interpellant ses collègues sur la perception du peuple face aux crises nationales.
S’inspirant de sa sagesse notoire, Justin Bitakwira a pris la parole pour rappeler les souffrances vécues dans l’Est de la RDC, où les violences armées continuent de faire des victimes. « Je viens du front et le peuple se demande si nous sommes dans une république normale où une ou plusieurs parties du pays sont occupées. Et quand ce peuple nous regarde, il pense qu’il a en face de lui des inconscients », a-t-il lancé.
Ses propos ont immédiatement provoqué un brouhaha dans la salle, contraignant la présidence à interrompre momentanément la séance.
Reprenant la parole, Bitakwira a tenté d’illustrer son propos par une métaphore saisissante : « Quand une maison brûle, on fait appel aux extincteurs et non à ceux qui allument le feu. Je suis devant vous comme un témoin des massacres, des morts… ». Mais là encore, ses collègues ne l’ont pas laissé poursuivre, estimant que son intervention s’écartait du sujet central : les pétitions.
Face à l’hostilité de l’hémicycle, l’élu d’Uvira a finalement cédé le micro, non sans ironie : « Si pour une fois, en tant que griot national, on n’a pas besoin de m’écouter, je cède le micro pour ne rien dire ».
Cette scène s’inscrit dans une séquence politique tendue. Les pétitions en cours visent cinq membres du Bureau, accusés de gestion opaque, de blocage des mécanismes de contrôle parlementaire et de légèreté dans le vote des lois. Pour l’heure, seuls Christophe Mboso et Jean-Claude Tshilumbayi échappent à ces initiatives.
Mais les choses pourraient évoluer rapidement : selon des sources proches du dossier, une nouvelle motion recueillant plus de 70 signatures viserait également Tshilumbayi. Si elle est déposée, presque tout le Bureau se retrouverait sous la menace d’une destitution.
En ramenant le débat sur la souffrance des populations de l’Est, Justin Bitakwira a tenté de replacer les préoccupations nationales au centre des discussions. Son intervention, mal accueillie par ses collègues, met en lumière un décalage croissant entre l’urgence sécuritaire du pays et les luttes de pouvoir qui paralysent l’Assemblée nationale.
Junior Kulele


