Il n’a pas cherché à arrondir les angles. À Bandundu, le Chef de l’État a choisi la franchise plutôt que la diplomatie. Devant les gouverneurs réunis pour la 13ᵉ Conférence, Félix Tshisekedi a posé un diagnostic sans détour : la gouvernance provinciale congolaise est minée par des crises à répétition qui compromettent l’essentiel.
Dans une salle pourtant dédiée à la réflexion sur la transformation agricole et le développement rural, c’est la question institutionnelle qui s’est imposée comme priorité absolue. Le Président a pointé du doigt un mal désormais structurel : les conflits récurrents entre gouvernements provinciaux et assemblées provinciales. Une cohabitation devenue, dans plusieurs cas, un bras de fer permanent. Pour lui, ces rivalités ne relèvent plus de simples divergences politiques, mais d’un dysfonctionnement profond qui bloque l’action publique.
« Aucune politique agricole sérieuse ne peut prospérer dans un environnement marqué par des crises répétées », a-t-il martelé, liant directement la stabilité institutionnelle à la capacité de produire, d’investir et de nourrir le pays.
Derrière ces tensions, le Chef de l’État voit une mécanique aux effets dévastateurs. Il a énuméré, avec gravité, les conséquences concrètes de cette instabilité : Paralysie de l’action publique; Instabilité chronique des équipes dirigeantes; Effritement de la confiance des investisseurs. Autant de signaux négatifs qui, selon lui, éloignent la RDC de ses ambitions de développement, notamment dans les secteurs productifs censés porter la croissance.
En recentrant le débat, Félix Tshisekedi a rappelé une évidence souvent négligée : aucun projet structurant agricole, rural ou économique ne peut émerger dans un climat d’incertitude politique. À ses yeux, la stabilité institutionnelle n’est pas un luxe, mais une condition préalable. Sans elle, les politiques publiques restent des intentions, incapables de se traduire en résultats concrets sur le terrain.
Plus qu’un simple constat, cette prise de parole sonne comme une mise en garde. Le Président appelle implicitement à une responsabilisation des acteurs provinciaux, invités à dépasser les logiques de confrontation pour privilégier l’intérêt général. À Bandundu, le message est clair : la décentralisation ne peut être un espace de rivalités stériles. Elle doit devenir un levier d’efficacité et de cohésion.
Reste désormais à savoir si cet appel à l’ordre sera entendu dans les provinces, où les équilibres politiques continuent, souvent, de primer sur les impératifs de gouvernance.
Junior Kulele


