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Beni : Nicaise Kibel’Bel plaide pour un retour à “Sukola I” dans la traque des ADF

3 mois ago
in Sécurité
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Beni : Nicaise Kibel’Bel plaide pour un retour à “Sukola I” dans la traque des ADF
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Le regard des Congolais épris de paix était tourné vers le Forum provincial sur la paix, tenu à Beni du 23 au 25 février 2026. À l’issue de ces assises, plusieurs réflexions fortes continuent d’alimenter le débat sécuritaire dans la région. Parmi elles, l’intervention remarquée de Nicaise Kibel’Bel Oka sur les ondes de la RTGB/Beni.

Éditeur du journal Les Coulisses, directeur du Centre d’études et recherches géopolitiques de l’Est du Congo, journaliste d’investigation et auteur de plusieurs publications sur le terrorisme et les ADF, il a livré une analyse critique de la stratégie militaire actuelle. Revenant sur l’opération Sukola I lancée en 2014, il estime que son efficacité reposait sur un principe fondamental : la maîtrise de l’espace.

« Elle avait réussi à contenir les rebelles dans un périmètre géographique circonscrit. » En comparaison, l’opération conjointe Shujaa menée par les Forces armées de la République démocratique du Congo et l’Uganda People’s Defence Force (UPDF) aurait, selon lui, repoussé les combattants vers l’intérieur du territoire congolais, de Beni à l’Ituri, élargissant ainsi le théâtre des opérations et complexifiant leur traque.

« Une opération militaire doit se dérouler dans une zone géographique bien déterminée. Aujourd’hui, l’ennemi n’est plus circonscrit dans le temps ni dans l’espace. » À propos de la présence de l’UPDF en RDC, l’analyste se montre pragmatique : « La bonne foi n’existe pas entre États, ce sont les intérêts qui priment. Si l’Ouganda est sur notre sol, c’est d’abord parce qu’il a des intérêts. »

Il souligne qu’au départ, les ADF étaient localisés dans un triangle précis (Eringeti–Watalinga–Ruwenzori). Après l’arrivée de l’UPDF, ils se sont étendus vers Irumu, Mambasa ou encore Mangurejipa. « Si les ADF sont des rebelles ougandais, pourquoi ne pas ouvrir un couloir pour qu’ils retournent en Ouganda ? Au lieu de cela, on les repousse vers l’intérieur de la RDC. »

Pour lui, un retour au schéma initial de Sukola I s’impose, avec une reprise totale du commandement par les FARDC et une coopération limitée à l’échange de renseignements. Il appelle également à confier la conduite opérationnelle au gouverneur militaire du Nord-Kivu, le général-major Évariste Somo Kakule.

Nicaise Kibel’Bel insiste sur le rôle déterminant de la population : « 70 % de la réussite d’une guerre dépend du soutien populaire. » Il se félicite de la prise de conscience observée lors du forum : « L’ennemi, pour le combattre, il faut d’abord l’identifier et comprendre son mode opératoire. »

Écartant l’option d’un dialogue, il rappelle que les ADF de leur véritable nom Madina at-Tauhīd wa-l-Muwahhidīn (MTM) poursuivent un projet idéologique. « Un mouvement terroriste a pour mission de semer la terreur. Les ADF tuent parce qu’ils veulent instaurer un califat. » Selon lui, leur affiliation à l’« État islamique » leur confère une dimension internationale qui rend toute négociation politique inopérante.

« On négocie avec un politicien en lui donnant un poste. Mais avec une organisation idéologique qui vise un califat régi par la charia, que négocie-t-on ? » Il s’interroge également sur l’identité réelle des décideurs actuels du mouvement, évoquant l’époque de Jamil Mukulu et la transformation progressive du groupe.

L’analyste n’exclut pas une coopération internationale renforcée, citant l’exemple de la lutte contre la LRA à Dungu ou une éventuelle opération de type « Artémis » à Beni. Il conclut en appelant à dépolitiser la question sécuritaire et à soutenir le gouverneur militaire : « C’est un fils du terroir. Il connaît les réalités du terrain. Il faut lui donner les moyens de diriger le front. »

S’inspirant du modèle appliqué en Ituri, il propose que le commandement opérationnel revienne au gouverneur militaire, tandis que la gestion administrative serait confiée au vice-gouverneur. Au-delà des controverses, le message de Nicaise Kibel’Bel est clair : recentrer la stratégie, restaurer la cohérence militaire et mobiliser la population restent, selon lui, les conditions essentielles pour venir à bout des ADF.

Elrick Elesse

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