À la sortie de la conférence de presse annonçant la participation de la RDC à la Biennale di Venezia 2026, il observe, silencieux, presque en retrait. Puis, une phrase, nette, posée, comme une ligne directrice : « Le défi n’est pas d’être là. Le défi, c’est de marquer. » Cette réaction porte une signature. Celle de Sonny Kamana, alias “ Faiseurs des Rois”.

Un homme de l’ombre… au cœur des dynamiques
Dans les cercles culturels kinois, son nom circule avec respect. Pas forcément sous les projecteurs, mais toujours là où les décisions se prennent, où les projets prennent forme, où les connexions se créent. Membre du comité de suivi et de promotion des expositions à cette 61ᵉ édition de la Biennale, Sonny Kamana fait partie de ces architectes invisibles qui construisent la présence congolaise à l’international. Une présence qu’il conçoit comme une expérience globale, où l’image, le son, l’attitude et la narration doivent parler d’une seule voix.
Le fil conducteur : la culture comme système

Chez lui, tout est lié. La mode, la musique, l’image, le storytelling. Rien n’est isolé. Tout participe à une vision : faire de la culture congolaise un système cohérent, structuré, exportable. Président de l’agence de mannequinat Éclipse, il a façonné des silhouettes, des identités visuelles, des esthétiques.
Mais derrière les podiums, il y a surtout une logique de positionnement : donner à la mode congolaise une place dans les circuits internationaux. À cela s’ajoute le lobbying culturel, un terrain qu’il maîtrise avec finesse. Connecter les artistes, ouvrir des portes, créer des ponts entre Kinshasa et le reste du monde : Sonny Kamana évolue dans cet espace où la culture devient diplomatie.
Entre musique et légendes

Son parcours traverse aussi les grandes figures de la musique congolaise. Manager de Werrason, et auparavant de Papa Wemba, il s’inscrit dans une lignée qui relie héritage et modernité. Auteur, compositeur, arrangeur, producteur… il connaît la musique de l’intérieur. Celle qui se joue en studio, mais aussi celle qui se négocie en coulisses. Son implication dans la commission nationale chargée de la valorisation de la Rumba congolaise confirme cette volonté de préserver tout en projetant. Protéger l’héritage, oui. Mais surtout le faire vivre, évoluer, circuler.
L’esthétique comme langage
Avec l’émission Bone Fashion Show, qu’il produit, Sonny Kamana investit aussi l’écran pour faire déhancher les belles silhouettes sur la passerelle. Là encore, il ne s’agit pas seulement de montrer. Il s’agit de raconter. De construire une image. D’imposer un regard. Chez lui, l’esthétique n’est jamais superficielle. Elle est stratégique. Elle est narrative. Elle est politique, même.

“Faiseur des Rois”, plus qu’un surnom
Dans les milieux culturels, on l’appelle “Faiseur des Rois”. Un surnom qui dépasse l’anecdote. Il traduit une posture, une influence, une capacité à fédérer et à donner la lumière. À l’heure où la RDC s’apprête à se montrer au monde à Venise, des profils comme le sien deviennent essentiels. Parce qu’ils comprennent une chose simple mais décisive : la culture ne se joue pas seulement sur scène. Elle se pense. Elle se construit. Elle se positionne. Et Sonny Kamana, lui, est déjà dans cette logique.
Junior Kulele


