Le 30 juin 2025, date hautement symbolique pour l’histoire congolaise, Magloire Mpaka a choisi de mettre un point final à sa résidence artistique à Ixelles, Bruxelles, en présentant la restitution de son travail à travers une série poignante d’œuvres intitulée Storytelling. C’est dans cette ville marquée par l’héritage colonial, théâtre jadis de la Table Ronde qui précéda l’indépendance du Congo, que l’artiste a offert au public belge une immersion singulière entre mémoire coloniale, réécriture visuelle et quête identitaire.

Avec Storytelling, une œuvre de mémoire et de rupture, Mpaka invite à un voyage dans le temps. Ses œuvres interrogent les frictions entre civilisations, en particulier celles provoquées par la rencontre brutale entre l’Afrique et l’Occident. À travers une approche artistique plurielle — mêlant peinture, dessin, scarification, photographie, sérigraphie et vidéo — l’artiste déconstruit les récits figés de l’histoire officielle pour en révéler les absences, les blessures et les résistances.
« Par une triple archéologie du médium, de la technique et de l’archive, il place le visiteur dans une zone de trouble et l’invite à naviguer les régimes visuels des exotismes d’hier comme de ceux projetés aujourd’hui », souligne Aline Pighin, chercheure au CESSMA (Université Paris Diderot), dans un texte critique sur la série.
Inspiré par les affiches de propagande des grandes expositions coloniales, Mpaka détourne leurs codes graphiques et narratifs pour en extraire une nouvelle vérité — celle des figurants devenus invisibles, des corps transformés en objets, des récits tués. Dans cette confrontation entre passé et présent, ses œuvres esquissent un avenir en forme de justice visuelle.

Originaire de Kinshasa, Magloire Mpaka s’inscrit dans la lignée d’artistes qui bousculent les formes, contournent les normes et revendiquent une esthétique de l’intemporel. Ses créations puisent dans les archives oubliées, les documents personnels, les strates de mémoire collective souvent délaissées ou falsifiées. Chaque œuvre devient ainsi un fragment de fouille, un ossement visuel redonné à l’histoire.
Loin de se limiter à une seule technique, Mpaka incarne une pratique pluridisciplinaire qui oscille entre figuration et abstraction, entre silence graphique et cris de vérité. Sa résidence artistique à PIC/MOL — un espace fondé en 2022 par Éric Haegelsteen et dédié à la création contemporaine africaine et diasporique — lui a permis d’approfondir cette démarche pendant un mois, dans un cadre propice à l’expérimentation et à la réflexion.
Lors de la clôture, l’artiste a tenu à remercier plusieurs figures clés de son parcours : Jean Kamba, critique d’art reconnu de la scène congolaise, pour ses conseils aiguisés ; Éric Haegelsteen, pour l’espace et la confiance accordés ; Catheris Mondombo, Rodrigue Rutebuka (historien de l’art et anthropologue), ainsi que Serge Homboyoka, compagnon de souvenirs.
Né en 1990 à Kinshasa, diplômé en communication visuelle de l’Académie des Beaux-Arts, Magloire Mpaka vit entre Kinshasa, Paris et Bruxelles. Son œuvre s’est déployée à travers plusieurs expositions de renom, parmi lesquelles TRAME à la Cité Internationale des Arts de Paris (2024), K(C)ongo à la galerie Talmart à Paris (2023), Kinshasa (N)tonga Bruxelles au Kanal Centre Pompidou (2022), ou encore Kinshasa Chroniques au MIAM de Sète (2019).
Magloire Mpaka, un quidam ? Non. Un témoin. Un passeur. Un veilleur d’ombres et de lumière. Dans un monde saturé d’images, son œuvre s’impose par son silence dense, sa rigueur dans la mémoire, et sa capacité à faire parler les absents. Par Storytelling, il ne raconte pas seulement une histoire. Il restitue une vérité.
Elrick Elesse


