Il y a des matchs qui se jouent avec les pieds… et d’autres qui se gagnent avec le cœur. Mais à Guadalajara, la République démocratique du Congo devra peut-être écrire son histoire dans un silence inhabituel. Car pour ce rendez-vous décisif face à la Jamaïque, les RDC avanceront sans leurs plus fidèles porteurs d’âme : les animateurs.
Ils sont les tambours, les cris, l’énergie brute des Léopards. Pourtant, aucun d’eux ne sera présent au Mexique. Ni Lumumba Vea, ni Mundele Ndundu, ni Evoloko, ni Papa Thomas. Aucun visage familier, aucune voix emblématique pour porter les chants de Kinshasa jusqu’aux tribunes de Guadalajara.
Refus de visas, démarches infructueuses, espoirs brisés aux frontières administratives : le rêve mexicain s’est arrêté avant même le décollage. Une ironie cruelle pour ceux qui incarnent, depuis des années, le souffle populaire de la sélection nationale. Sur les réseaux sociaux, Lumumba Vea, véritable mascotte vivante, a laissé éclater sa déception : « C’est avec un profond regret que je vous annonce que je ne serai finalement pas au Mexique. »
Pendant que ces ambassadeurs de la ferveur populaire restent à quai, une autre délégation, plus officielle, a rallié sans difficulté le Mexique. Ministres et députés ont effectué le déplacement pour soutenir les Léopards, dans un contraste qui n’a pas échappé à l’opinion. Malgré les efforts du ministre des Sports, Didier Budimbu, qui a tenté d’obtenir ces précieux visas, rien n’y a fait. Même les démarches individuelles, entreprises jusqu’en Éthiopie, se sont soldées par un échec.
À défaut des chants, il restera la foi. À la veille de ce choc, Didier Budimbu s’est recueilli à Guadalajara, lors d’une messe organisée pour confier le destin des Léopards à Dieu. Un geste fort, presque symbolique : quand les voix se taisent, il reste la prière. Quand les tribunes manquent de chaleur, il reste la ferveur invisible d’un peuple entier tourné vers ses héros.
Après une victoire maîtrisée face aux Bermudes en amical, les hommes de Sébastien Desabre se présentent confiants. Mais une question flotte dans l’air : peut-on gagner un match historique sans ceux qui, d’ordinaire, enflamment chaque minute ? Car ces animateurs ne sont pas de simples supporters. Ils sont une vibration, une identité, une extension du terrain.
À Kinshasa, l’adrénaline est à son comble. Les écrans seront allumés, les cœurs alignés, les prières murmurées. Les animateurs, bien que physiquement absents, promettent de soutenir les Léopards depuis la capitale, avec la même intensité, la même passion. Alors peut-être que ce silence au stade ne sera qu’une illusion. Peut-être que, porté par des millions d’âmes invisibles, le Congo fera trembler Guadalajara sans même élever la voix.
Et si, au bout des 90 minutes, les Léopards arrachent leur billet pour la Coupe du monde de la FIFA 2026, alors une vérité s’imposera : les chants peuvent être empêchés de voyager… mais jamais un peuple d’y croire.
Junior Kulele/Elrick Elesse


