Le rideau est tombé, mais l’écho de son art résonne encore. Le styliste et modéliste congolais Cherry Esam a inhumé, laissant derrière lui une génération de créateurs orphelins et un public bouleversé. Figure incontournable de la scène mode en République Démocratique du Congo, il a su faire du vêtement un langage, du tissu une déclaration, du style une identité.
Dans plusieurs édition de B-one Fashion Show, son nom brillait comme une promesse d’éblouissement. Cherry Esam ne défilait pas, il imposait sa vision. Il faisait de chaque passage un manifeste : pour l’afro-élégance, pour la dignité culturelle, pour l’innovation enracinée. Sa créativité transcendait les tendances ; elle incarnait une fierté, un combat, une voix.
Sur les podiums, il a habillé les corps… mais surtout, il a habillé les consciences. Il a réconcilié tradition et modernité, en offrant à la mode congolaise une voix unique, authentique et sans compromis.
Cherry Esam n’était pas seulement un créateur de mode, il était un bâtisseur de mouvement. Par son audace, son mentorat discret mais puissant, il a ouvert des chemins à tant de jeunes talents. Il croyait que la mode pouvait éduquer, éveiller et même réparer. Il savait que le style n’était pas un luxe, mais une manière de dire : « nous existons, nous avons une histoire, nous avons du goût ».
Dans un pays souvent meurtri, il a offert la beauté comme résistance, comme revendication. Aujourd’hui, la disparition de Cherry Esam laisse un silence, mais aussi un chant de mémoire. Un héritage immense : ses collections, ses messages, et la conviction qu’un styliste congolais peut rêver grand et porter haut les couleurs de sa terre.
Il n’a pas juste créé des vêtements. Il a créé une trace, une vibration, une empreinte. Il a élevé la mode congolaise à une forme d’expression identitaire. Cherry Esam est enterré, mais il ne disparaît pas. Tant que la jeunesse congolaise marchera fièrement en pagne revisité, en tenue structurée, en tissu porteur de sens, son nom vivra.
Junior Kulele


