De la mémoire de Léopoldville aux projecteurs de Hollywood, le cinéma congolais s’offre une nouvelle fenêtre sur le monde. Le film Rumba Royale, réalisé par Yoane Dean Lenghol et Hamed Mobasser, a remporté le prix Léopard du 7e Art congolais et a été sélectionné pour représenter la République démocratique du Congo à la 99ᵉ cérémonie des Oscars, prévue le 15 mars 2027 à Los Angeles, dans la catégorie du meilleur film international.

Près de trente ans après Macadam Tribu de Zeka Laplaine, sorti en 1997, le cinéma congolais retrouve ainsi la course à la plus prestigieuse récompense du septième art américain. Une sélection qui ravive les ambitions d’une industrie en quête de visibilité internationale, mais dont le parcours reste encore à confirmer : Rumba Royale devra franchir l’étape de la présélection avant d’espérer figurer parmi les cinq œuvres nominées.
C’est dans la Léopoldville de 1959, à l’approche de l’indépendance, que le film plante son décor. Dans une ville où la rumba fait vibrer les nuits, les aspirations à la liberté grandissent et les tensions entre Congolais et colons belges s’intensifient. Au cœur de cette fresque historique se trouve le club Rumba Royale, lieu de rencontres, de musique et de confrontations, où les destins individuels croisent les soubresauts d’une époque charnière.

Fally Ipupa y incarne Daniel, un photographe bohème dont l’existence bascule après la mort de la femme qu’il aime. Accusé du meurtre, il s’évade de prison et se lance dans une quête de vérité qui dévoile progressivement une trahison aux ramifications profondes. Entre suspense, mémoire coloniale et quête identitaire, les réalisateurs font de la musique bien plus qu’un décor : elle devient le reflet d’une société en mutation, partagée entre domination, aspirations politiques et désir d’émancipation.
La sélection de Rumba Royale constitue une vitrine pour le savoir-faire congolais et une occasion de porter sur la scène internationale une histoire intimement liée à l’identité culturelle du pays. Elle rappelle aussi le potentiel du cinéma national, capable de faire dialoguer mémoire historique, création artistique et ambition internationale. Mais le chemin vers les Oscars reste exigeant. Après cette sélection nationale, le film devra convaincre l’Académie pour intégrer la liste des quinze œuvres présélectionnées, avant une éventuelle nomination parmi les cinq finalistes.

Pour la RDC, l’enjeu dépasse donc une simple compétition cinématographique : il s’agit de faire entendre une histoire, de valoriser une culture et de donner au talent congolais toute sa place dans le concert du cinéma mondial. De la rumba de Léopoldville aux lumières de Los Angeles, le voyage ne fait que commencer.
JK


