La 46ᵉ Conférence ministérielle de la Francophonie, ouverte ce mois de novembre 2025 à Kigali, devait être un rendez-vous de continuité institutionnelle. Elle s’est transformée en un véritable séisme diplomatique. La République démocratique du Congo, premier pays francophone du monde par sa population, a décidé de boycotter l’événement, créant une onde de choc au sein de l’OIF et au-delà.

Une absence qui n’est pas un simple geste, mais un signal politique soigneusement calculé, directement tourné vers Kigali… et vers l’ensemble de la communauté francophone. Pour Kinshasa, siéger au Rwanda était inconcevable. À leurs yeux, tenir une conférence internationale dans un pays qu’ils accusent de soutenir la rébellion armée dans l’Est congolais reviendrait à banaliser un conflit aux conséquences dramatiques. L’absence est donc une posture, mais surtout une protestation.
La RDC refuse de cautionner ce qu’elle considère comme une forme de “blanchiment diplomatique” de Kigali. Et le message est clair : “La Francophonie ne peut prêcher la paix tout en fermant les yeux sur une guerre qui déchire son propre espace.” Ce boycott s’inscrit dans une stratégie de repositionnement : forcer l’OIF à regarder la crise des Grands Lacs en face et contester la normalisation internationale du Rwanda.
Là où la RDC se retire, le Burundi choisit d’être présent. Un choix surprenant pour certains, stratégique pour d’autres. Bujumbura, malgré une histoire marquée par la rivalité avec Kigali, préfère capitaliser sur son retour progressif sur la scène internationale. Le pays veut apparaître comme un acteur responsable, stable, capable de dialoguer même dans un environnement chargé. Deux motivations guident le Burundi : Réaffirmer sa légitimité diplomatique, après des années d’isolement; Maintenir un pied dans les instances où se redessine le rapport de force régional. Ni alignement complet avec Kinshasa, ni confrontation directe avec Kigali : Bujumbura avance prudemment, mais avance.

Pour l’Organisation internationale de la Francophonie, cette absence congolaise est un revers lourd de symboles. Comment défendre la solidarité entre peuples francophones quand la plus grande population francophone du monde ne prend même pas part aux débats ? Le boycott dévoile une critique souvent murmurée mais rarement assumée : la Francophonie peine à influencer les crises politiques qui la traversent. En choisissant Kigali comme hôte, l’OIF donne l’image d’une institution déconnectée des réalités sécuritaires qui bousculent ses membres. Une contradiction que plusieurs capitales africaines observent avec prudence… et inquiétude.
Au-delà du symbole, plusieurs conséquences se dessinent : La voix de l’Afrique se fragilise à l’intérieur d’une organisation qu’elle porte pourtant numériquement; La fracture entre pays des Grands Lacs s’accentue, révélant une diplomatie continentale encore éclatée; Les alliances se recomposent, Kigali cherchant à consolider ses soutiens tandis que Kinshasa mise sur la pression internationale. Ce boycott n’est donc pas un incident isolé : il expose les tensions profondes qui affectent l’espace francophone. L’OIF se retrouve au pied du mur.

L’organisation doit décider entre deux voies : Minimiser l’absence congolaise, au risque d’aggraver une fracture diplomatique durable ; ou Repenser son rôle politique, en intégrant davantage les crises de sécurité dans ses priorités. Quoi qu’il en soit, une chose est certaine : la conférence de Kigali se déroule dans un vide symbolique difficile à ignorer. À défaut d’être physiquement présente, la RDC plane comme une ombre sur les débats. Et rappelle à la Francophonie que son unité ne peut survivre sans une lecture réaliste et courageuse des tensions qui secouent ses membres.
Junior Kulele


