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Conférence des gouverneurs à Kolwezi : Blocages institutionnels et quête d’un vrai décollage provincial

11 mois ago
in Politique
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Conférence des gouverneurs à Kolwezi : Blocages institutionnels et quête d’un vrai décollage provincial
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Kolwezi a accueilli cette année la XIIᵉ édition de la Conférence des Gouverneurs, un rendez-vous stratégique censé renforcer la coordination entre les exécutifs provinciaux et le gouvernement central. Mais au lieu d’un forum de célébration des avancées, les échanges ont vite pris des airs de règlement de comptes institutionnel. « Trop de recommandations, trop peu d’actions » : tel est le constat cinglant partagé par plusieurs gouverneurs lors de l’ouverture des travaux.

Au cœur des frustrations, un sentiment d’impuissance face à la répétition des promesses non tenues, notamment sur la rétrocession des recettes nationales, la péréquation, l’autonomie financière, ou encore la gestion des crises politiques endémiques au sein des assemblées provinciales. Que reste-t-il, concrètement, de ces conférences censées incarner la décentralisation effective ? Et surtout, comment inverser la courbe du sous-développement provincial dans un pays aussi vaste que la RDC ?

Les discours d’ouverture des chefs d’exécutifs provinciaux ont été presque unanimes dans leur tonalité critique. Depuis la dernière édition tenue à Kalemie, peu d’engagements ont été matérialisés. Les résolutions sur la sécurité, les finances locales, les routes de desserte agricole ou encore la stabilisation des institutions provinciales n’ont pas connu d’avancées notables.

Plusieurs gouverneurs ont évoqué la faiblesse structurelle du mécanisme de suivi, accusant Kinshasa de centraliser les décisions sans réel retour vers les provinces. L’absence d’une autorité de mise en œuvre des décisions interinstitutionnelles est pointée du doigt, tout comme le manque de contraintes juridiques attachées aux recommandations de ces conférences, pourtant stratégiques.

La situation est aggravée par les crises internes au sein des assemblées provinciales, devenues un véritable frein au développement. Depuis janvier 2025, pas moins de 12 motions de défiance ont été introduites contre des gouverneurs, dont certains fraîchement élus. D’autres motions ont ciblé les présidents des bureaux des assemblées, souvent accusés de mauvaise gestion ou de collusion avec l’exécutif.

Ces tensions donnent lieu à des blocages budgétaires, des sessions extraordinaires stériles, voire à des paralysies totales des institutions, comme récemment observé dans les provinces du Kasaï central, du Tanganyika ou du Maniema.

Au lieu de jouer leur rôle de contre-pouvoir constructif, les assemblées provinciales sont devenues des arènes de règlement de comptes politiques, instrumentalisées par les camps rivaux. Cette instabilité chronique empêche l’exécution normale des programmes locaux, notamment ceux financés par le Programme de Développement Local des 145 Territoires (PDL-145T).

Les provinces ne cessent de revendiquer les moyens qui leur sont légalement dus. En 2024, moins de 40 % des rétrocessions prévues par la loi des finances ont été effectivement versées aux provinces. La situation est encore plus grave pour la péréquation, censée garantir l’équité entre provinces riches et pauvres : aucun décaissement complet n’a été observé depuis trois exercices budgétaires consécutifs.

Le mécanisme de péréquation, pourtant consacré par l’article 181 de la Constitution, reste une coquille vide, faute de volonté politique et de structure opérationnelle efficace. Sans autonomie financière réelle, les provinces dépendent d’un trésor public central capricieux, parfois instrumentalisé à des fins de chantage politique.

Face à ce tableau sombre, plusieurs propositions ont été formulées par les gouverneurs eux-mêmes à Kolwezi :

Institutionnaliser le suivi des recommandations

Créer une Cellule de Suivi et d’Exécution des Résolutions des Conférences des Gouverneurs, rattachée à la Présidence ou au ministère de la Décentralisation, avec des délais de mise en œuvre clairs, des indicateurs de performance et des mécanismes de reddition de comptes.

Assainir les assemblées provinciales

Promouvoir des réformes institutionnelles pour limiter les abus de motions, renforcer la formation des députés provinciaux, et instaurer un arbitrage constitutionnel plus rapide en cas de conflits persistants entre exécutifs et législatifs provinciaux.

Automatiser la rétrocession et la péréquation

Mettre en place une plateforme numérique de suivi budgétaire, reliée à la Banque centrale, pour garantir le versement automatique et transparent des rétrocessions, tout en activant le Fonds National de Péréquation (FNP) sous gestion autonome.

Redéfinir les priorités des provinces

Encourager les gouverneurs à prioriser des plans de développement réalistes, sectoriels et évaluables, au lieu de se perdre dans des projets d’apparat souvent non budgétisés. L’utilisation efficace des ressources locales doit devenir un indicateur de performance politique.

La Conférence de Kolwezi aura eu le mérite de mettre les pieds dans le plat. En dénonçant l’immobilisme de l’administration centrale, les gouverneurs ont aussi reconnu leurs propres limites, entre clientélisme local, manque de vision stratégique et faible rendement administratif.

Mais au fond, c’est toute la philosophie de la décentralisation congolaise qui est en jeu. La Constitution de 2006 avait promis de rapprocher le pouvoir du peuple. Vingt ans plus tard, les provinces réclament moins de discours et plus de souveraineté de gestion.

La relance économique, sociale et institutionnelle de la RDC ne passera pas par Kinshasa seulement. Elle doit émerger depuis Mbandaka, Goma, Tshikapa, Bunia, Kolwezi ou Matadi. Pour cela, encore faut-il que ces capitales régionales soient enfin écoutées, financées, respectées. Et que la Conférence des Gouverneurs cesse d’être un rituel administratif, pour devenir un levier de transformation effective.

Junior Kulele

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