Le crash de Kenge ravive une autre question, celle de l’état des infrastructures aéronautiques dans les provinces de la RDC. Au lendemain de l’accident qui a fait 17 morts, selon les autorités, le président du conseil d’administration de la Régie des voies aériennes (RVA), Tryphon Kin-Kiey Mulumba, met en cause la disparition de certaines plateformes aéroportuaires, notamment celle de Kenge.
Dans une publication sur le réseau social X, le responsable de la RVA dénonce la spoliation des espaces aéroportuaires à travers le pays. Il attribue ce phénomène à ce qu’il qualifie de « puissances financières et politiques locales ». Selon son analyse, la disparition de la piste de Kenge constitue un problème majeur pour cette ville, chef-lieu du Kwango. Il estime qu’une piste opérationnelle aurait pu, dans certaines circonstances, offrir une possibilité d’atterrissage à l’appareil en difficulté.
« Le phénomène de spoliation, par des puissances financières et politiques locales, des plateformes aéroportuaires du pays, fait que Kenge, une capitale provinciale, n’a plus de piste qui aurait certainement évité ce crash », a écrit Tryphon Kin-Kiey Mulumba.
Cette déclaration intervient alors qu’une enquête judiciaire a été ouverte pour déterminer les circonstances et les causes exactes du crash. À ce stade, aucun élément issu de cette enquête ne permet d’établir que l’absence d’une piste à Kenge serait à l’origine de l’accident ou qu’une telle infrastructure aurait effectivement permis d’éviter le drame.
Kenge disposait autrefois d’un aérodrome identifié sous le code FZCS. Sa piste mesurait environ 930 mètres, mais cette infrastructure n’est plus opérationnelle. Son emprise aurait, au fil du temps, été en partie occupée par des habitations. D’autres aérodromes sont répertoriés dans le territoire de Kenge, notamment à Misele et Kimafu, mais ils ne se trouvent pas dans le chef-lieu de la province.
La question de la préservation des emprises aéroportuaires dépasse ainsi le seul cas de Kenge. Elle renvoie plus largement à l’état et à la disponibilité des infrastructures aériennes dans plusieurs provinces du pays, alors que l’avion demeure un moyen de déplacement important dans un territoire où les distances sont considérables et les infrastructures routières parfois insuffisantes.
L’appareil accidenté était un Let-410 de la compagnie Tracep, immatriculé 9S-GUC et basé à l’aéroport de Kinshasa-Ndolo. Selon Tryphon Kin-Kiey Mulumba, il effectuait une rotation Ndolo-Kikwit-Ilebo-retour et transportait 16 personnes, dont quatre membres d’équipage. Aucun survivant n’a été retrouvé. L’avion avait décollé de Kikwit à 11 h 45. Il s’est écrasé vers 13 h 14 à Kenge alors qu’il se dirigeait vers Kinshasa.
Le PCA de la RVA affirme également que le vol n’avait pas été coordonné au départ par Kikwit et que la tour de contrôle de N’Djili n’aurait été informée de la situation qu’à 14 heures par l’aéroport de Ndolo. Ces éléments font partie des informations qui devront être examinées et vérifiées par les enquêteurs.
L’accident a notamment coûté la vie à deux hauts responsables de la justice militaire congolaise : le lieutenant-général Joseph Mutombo Katalay Tiende, Premier président de la Haute Cour militaire, et le lieutenant-général Lucien-René Likulia Bakumi, Auditeur général des FARDC.
Le drame pose désormais deux questions distinctes mais liées : comprendre ce qui s’est produit dans les dernières minutes du vol et examiner, plus largement, les conditions dans lesquelles les aéronefs évoluent sur les liaisons intérieures.
L’enquête judiciaire annoncée par le ministère de la Justice devra permettre de distinguer les causes techniques, opérationnelles et éventuellement environnementales du crash. Le débat sur les infrastructures aéroportuaires, lui, est désormais relancé par les déclarations du responsable de la RVA.


