Face à la persistance de la crise sécuritaire dans l’est de la République démocratique du Congo (RDC), l’Angola intensifie discrètement ses consultations. Mercredi, le président angolais João Lourenço, également président en exercice de l’Union africaine (UA), a reçu à Luanda des responsables religieux congolais afin d’évaluer la situation et explorer des pistes de sortie de crise.
Les leaders religieux congolais consultés
La rencontre a réuni des évêques de la Conférence épiscopale nationale du Congo (CENCO) et des pasteurs de l’Église du Christ au Congo (ECC). Elle s’est tenue à l’initiative du chef de l’État angolais, dans un contexte marqué par la recrudescence des violences dans l’est de la RDC et l’enlisement des mécanismes de dialogue existants. Cette consultation intervient quelques jours seulement après deux déplacements successifs, en moins d’une semaine, du président congolais Félix Tshisekedi à Luanda, où il a échangé avec son homologue angolais sur l’évolution du dossier sécuritaire.
Depuis plusieurs semaines, les initiatives diplomatiques autour de la crise congolaise se multiplient. Selon des sources diplomatiques, un échange téléphonique a récemment eu lieu entre le Premier ministre et ministre des Affaires étrangères du Qatar, Cheikh Mohammed ben Abdulrahman Al-Thani, et le ministre angolais des Relations extérieures, Tete António. Les discussions ont porté sur la recherche d’une solution pacifique au différend opposant la RDC au Rwanda, Doha réaffirmant son attachement au règlement des conflits par le dialogue.
Dans le même temps, les négociations sur les six protocoles complémentaires aux deux premiers de l’accord-cadre entre le gouvernement congolais et l’AFC/M23 restent bloquées, selon des sources proches du dossier, illustrant l’impasse actuelle du processus. Depuis le début de l’année 2026, Félix Tshisekedi s’est rendu à deux reprises à Luanda en moins d’un mois, un rythme peu habituel dans les relations bilatérales entre les deux pays.
D’après des sources de la présidence congolaise, João Lourenço a soumis à son homologue plusieurs propositions liées à la crise sécuritaire dans l’est du pays, sans qu’aucune décision concrète ni l’ouverture officielle d’un nouveau processus de paix n’aient été annoncées à ce stade. Après avoir annoncé en mars 2025 son retrait du rôle de médiateur, l’Angola semble opérer un retour progressif et mesuré dans la gestion de la crise congolaise. Luanda multiplie les consultations avec différents acteurs politiques et institutionnels.
À ce titre, l’ancien président congolais Joseph Kabila a été reçu fin décembre à Luanda, selon des proches, tandis qu’une délégation issue de son camp a également été accueillie quelques jours plus tard. Par ailleurs, la diplomatie angolaise a établi des contacts avec le groupe politico-militaire AFC/M23. Son coordonnateur, Corneille Nangaa, a adressé une lettre au président João Lourenço afin d’obtenir des clarifications sur la nature de l’initiative angolaise et l’éventuelle ouverture d’un nouveau cadre de dialogue, selon des sources concordantes. Luanda aurait également échangé avec Doha pour préciser la portée de sa démarche.
Cette séquence diplomatique s’est élargie avec l’entrée en scène du Togo. Le président Félix Tshisekedi s’est rendu à Lomé pour une séance de travail consacrée aux efforts de paix et de stabilisation dans l’est de la RDC, à l’invitation de Faure Essozimna Gnassingbé, président du Conseil de la République togolaise et médiateur désigné par l’Union africaine. Selon des sources concordantes, il s’agit d’un déplacement bref effectué en aller-retour.
Le Togo prévoit d’organiser, le 17 janvier, une réunion de haut niveau destinée à renforcer la cohérence et la coordination des initiatives de paix en RDC et dans la région des Grands Lacs. Cette rencontre s’inscrit dans le prolongement des efforts internationaux récents, notamment la conférence de Paris du 30 octobre 2025, qui avait permis de mobiliser plus de 1,5 milliard d’euros en faveur des populations vulnérables et de soutenir la dynamique de négociation portée par les États-Unis, le Qatar et l’Union africaine.
Faure Gnassingbé a officiellement succédé à João Lourenço comme médiateur désigné par l’UA dans le conflit à l’est de la RDC, conformément aux décisions issues du sommet conjoint virtuel de l’EAC et de la SADC tenu le 24 mars 2025.
JK


