À l’ouverture du sommet « Africa Forward », coorganisé par la France et le Kenya, une question domine déjà les débats : comment parler de développement quand une grande partie des richesses africaines sert avant tout à rembourser les créanciers internationaux ?

En 2026, le continent africain devra consacrer près de 90 milliards de dollars au remboursement de sa dette extérieure. Une facture vertigineuse qui étouffe les marges budgétaires des États et freine les investissements dans des secteurs vitaux comme la santé, l’éducation ou encore la lutte contre le changement climatique.
Dans les discours officiels, Emmanuel Macron continue pourtant d’afficher une volonté de solidarité avec l’Afrique. Au plus fort de la pandémie de Covid-19, le président français avait promis une réponse ambitieuse face à l’asphyxie financière des pays africains. Mais six ans plus tard, plusieurs organisations internationales, ONG et syndicats dénoncent un écart grandissant entre les promesses politiques et la réalité du système financier mondial.
Car derrière les appels à la coopération et à la justice climatique, les remboursements de dette continuent de peser lourdement sur des économies déjà fragilisées par l’inflation, les crises sécuritaires et les effets du réchauffement climatique. Le paradoxe apparaît encore plus brutal sur la question climatique. Alors que l’Afrique est l’un des continents les moins responsables historiquement des émissions de gaz à effet de serre, près de 70 % des financements climatiques accordés aux pays africains prennent encore la forme de prêts.
Autrement dit, les États africains doivent s’endetter davantage pour faire face à une crise qu’ils n’ont pratiquement pas créée.
Dans plusieurs pays comme le Ghana, le Kenya ou encore la Zambie, le poids du service de la dette atteint des niveaux critiques. Dans certains cas, jusqu’à la moitié des recettes publiques est absorbée par les remboursements, dépassant parfois les budgets cumulés de la santé et de l’éducation.
Au centre de cette architecture financière mondiale, la France conserve une influence importante. Présente au sein du FMI, de la Banque mondiale et surtout du Club de Paris, elle joue un rôle stratégique dans les négociations de restructuration de dette. Mais ce système fait aujourd’hui l’objet de critiques de plus en plus virulentes. Les organisations de la société civile dénoncent des mécanismes jugés lents, opaques et souvent favorables aux grands créanciers privés.
Paris est notamment accusé de freiner l’idée d’un mécanisme international de restructuration de dette placé sous l’égide des Nations unies, pourtant soutenu par plusieurs pays africains. Au-delà des chiffres, le débat devient désormais profondément politique et moral. Les signataires de la tribune réclament des annulations de dettes, davantage de transparence financière ainsi que des financements climatiques accordés sous forme de dons et non de prêts.

Pour eux, il ne s’agit plus simplement d’alléger des comptes publics, mais de permettre à l’Afrique de sortir d’un cycle d’endettement chronique qui freine son développement depuis plusieurs décennies. À Paris comme à Nairobi, le sommet s’ouvre donc dans un climat de pression diplomatique croissante. Une interrogation demeure au cœur des discussions : la France est-elle réellement prête à transformer son influence internationale en levier de justice financière pour l’Afrique ?
Constantin Ntambwe


