La recherche d’une issue politique à la crise sécuritaire en République démocratique du Congo prend une nouvelle tournure. Alors que la coalition C64 envisage de dépêcher une délégation à Goma pour rencontrer Joseph Kabila, le gouvernement congolais hausse le ton et rappelle les limites légales imposées aux acteurs politiques en période de guerre.
Dans une interview accordée mercredi 4 novembre à Stanis Bujakera Tshiamala, le vice-Premier ministre chargé de l’Intérieur, Jacquemin Shabani, a mis en garde les responsables de cette plateforme contre toute démarche de contact avec des acteurs qu’il considère comme liés à l’agression dont la RDC est victime.
Pour le patron de l’Intérieur, une telle initiative ne saurait être considérée comme une simple concertation politique. Il estime que les déplacements et les échanges avec des personnes se trouvant dans une zone sous occupation ennemie doivent impérativement recevoir l’autorisation préalable du gouvernement. À défaut, les auteurs pourraient s’exposer à des sanctions pénales.
À l’appui de sa mise en garde, Jacquemin Shabani a notamment invoqué l’article 192 du Code pénal congolais, qui prévoit une peine d’un à cinq ans de servitude pénale pour toute personne qui, en temps de guerre, entretient sans autorisation gouvernementale des relations ou une correspondance avec les agents ou ressortissants d’une puissance ennemie.
L’avertissement vise directement les figures de la C64, notamment Moïse Katumbi, Matata Ponyo, Martin Fayulu, Jean-Marc Kabund et Delly Sesanga, dont le projet de déplacement à Goma a été annoncé publiquement. Interrogé sur d’éventuelles poursuites judiciaires à leur encontre en cas de réalisation de cette démarche, le vice-Premier ministre s’est montré catégorique : les lois de la République s’imposent à tous, sans distinction de rang ou d’appartenance politique.
Mais la riposte du gouvernement ne devrait pas se limiter au terrain judiciaire. Jacquemin Shabani a également annoncé son intention de saisir les présidents de l’Assemblée nationale et du Sénat. L’objectif est de porter à leur connaissance les initiatives envisagées par les responsables politiques concernés, leurs formations étant représentées au sein des deux chambres du Parlement. Le gouvernement entend ainsi interpeller les élus sur les responsabilités politiques de leurs partis dans le contexte sécuritaire actuel.
Au cœur de cette controverse se trouve la personne de Joseph Kabila. L’ancien chef de l’État, désormais associé à la direction du Front de résistance nationale (FRN), est accusé par le pouvoir de collusion avec les forces étrangères engagées dans le conflit à l’est du pays. Jacquemin Shabani a rappelé que le déplacement de l’ancien président à Goma, présenté à l’époque comme une initiative en faveur de la paix, avait précédé la révélation de son rôle présumé dans cette mouvance.
Cette lecture du gouvernement se heurte toutefois à l’argument avancé par la C64, qui présente sa démarche comme une tentative de favoriser une solution congolaise à la crise. La coalition affirme vouloir rencontrer Félix Tshisekedi avant d’entreprendre des échanges avec Joseph Kabila, dans la perspective d’un dialogue national qu’elle souhaite véritablement inclusif.
Une proposition qui ne semble pas convaincre le ministère de l’Intérieur. Pour Jacquemin Shabani, les intentions affichées ne suffisent pas à apprécier la portée d’une initiative politique : seuls les actes permettront, selon lui, d’en établir la véritable nature.
Le gouvernement rappelle néanmoins que le président Félix Tshisekedi a déjà engagé des initiatives de consultations avec les forces politiques du pays. Reste désormais à savoir si la C64 maintiendra son projet de déplacement à Goma, au risque d’ouvrir un nouveau front de confrontation avec les autorités, cette fois sur le terrain judiciaire et institutionnel.
La rédaction de b-onetv.cd


