Cent jours après le début de la flambée, la RDC reste confrontée à une épidémie d’Ebola d’une ampleur préoccupante. Mais au milieu des décès et de la progression du virus, des signes d’espoir émergent : des survivants sortent des centres de traitement, tandis que les acteurs de la riposte appellent à changer d’échelle et à rapprocher davantage la réponse des communautés.

Dimanche, à Butembo, trois prestataires de santé ont quitté guéris le Centre de traitement d’Ebola de Katwa. Parmi eux, un médecin et deux infirmiers. Tous trois avaient contracté le virus alors qu’ils soignaient des patients.Leur sortie constitue un symbole fort dans une épidémie qui frappe également ceux qui sont en première ligne. Elle rappelle à la fois la dangerosité du virus pour les personnels soignants et l’importance des dispositifs de prévention et de prise en charge.
En Ituri, les chiffres des guérisons offrent également une lueur d’espoir. Plus de 1 100 patients ont été déclarés guéris en l’espace de 100 jours. Dix-huit autres survivants ont encore été déchargés, portant à environ 1 200 le nombre total de personnes ayant vaincu la maladie depuis le début de cette flambée. Mais ces résultats positifs ne doivent pas masquer la gravité de la situation. L’épidémie a déjà provoqué près de 2 500 décès, avec une létalité estimée autour de 47 %.
Désormais étendue à six provinces, elle continue de mettre à rude épreuve le système de santé et les capacités de la riposte. À l’approche du cap des 100 jours, Médecins Sans Frontières estime que la réponse doit changer de dimension. Pour l’organisation, augmenter le nombre de lits dans les centres de traitement ne suffit plus. Le véritable enjeu est désormais de détecter plus tôt, isoler plus rapidement et intervenir directement au sein des communautés.
MSF souligne notamment qu’une part importante des décès survient en dehors des centres de traitement. Selon les données citées par l’organisation, plus de 60 % des décès liés à Ebola depuis le début de l’épidémie se sont produits hors de ces structures. Cette réalité pose une question fondamentale : comment atteindre les malades avant que leur état ne se détériore et avant qu’ils ne transmettent le virus à leur entourage ?
Pour MSF, la réponse passe par un dépistage précoce, l’orientation sécurisée des cas suspects, le renforcement des structures sanitaires locales et la formation des personnels de santé et des relais communautaires. L’exemple du camp de déplacés de Rho, près de Drodro, en Ituri, illustre cette approche.
Près de 50 000 personnes y vivent et des responsables communautaires collaborent avec les équipes médicales pour sensibiliser les familles, identifier rapidement les personnes présentant des symptômes et faciliter leur prise en charge. Cette implication locale apparaît d’autant plus importante que la méfiance et la peur peuvent retarder le recours aux soins.
Le pape Léon XIV a lui aussi appelé dimanche, lors de la prière de l’Angélus au Vatican, à renforcer le soutien international à la RDC. Il a insisté sur la nécessité d’une riposte associant pleinement les communautés locales afin de renforcer la prévention et sauver davantage de vies.Le défi du vaccinSur le front de la prévention, l’OMS poursuit également ses efforts.
Face à la souche Bundibugyo, à l’origine de l’actuelle flambée, l’Organisation recommande notamment d’évaluer le vaccin Ervebo dans le cadre d’une étude clinique.La question vaccinale reste particulièrement sensible : le vaccin Ervebo est homologué contre la souche Zaïre d’Ebola, tandis que l’épidémie actuelle est liée à la souche Bundibugyo. D’où l’importance des données scientifiques et des évaluations cliniques avant toute stratégie spécifique.
Après 100 jours, la RDC se trouve donc face à un double impératif. Continuer à sauver ceux qui arrivent dans les centres de traitement, mais surtout empêcher que les malades n’y arrivent trop tard. Les guérisons de Butembo et d’Ituri montrent que la maladie peut être vaincue. Les milliers de décès rappellent, eux, que la riposte doit aller beaucoup plus loin.Ebola ne se gagnera pas uniquement derrière les murs des centres de traitement.

La bataille se joue désormais dans les quartiers, les villages, les camps de déplacés et les communautés, là où le virus circule et où la détection précoce peut faire la différence entre la guérison et la mort.
Junior Kulele


