La crise sécuritaire persistante dans l’Est de la République démocratique du Congo continue de mobiliser les acteurs régionaux et internationaux. Dans ce contexte marqué par une recrudescence des violences au Nord-Kivu et au Sud-Kivu, le président de la République, Félix Tshisekedi, a reçu en début de semaine à Kinshasa Faure Essozimna Gnassingbé, président du Conseil de la République togolaise et médiateur désigné de l’Union africaine (UA) pour la région des Grands Lacs.
Cette visite de travail, intervenue le lundi 22 décembre 2025, s’inscrit dans une dynamique diplomatique intense menée par le chef de l’État congolais, qui multiplie les consultations avec ses homologues et partenaires impliqués dans la gestion de la crise sécuritaire à l’Est du pays.
Les entretiens entre les deux dirigeants ont été qualifiés de « constructifs » par la Présidence de la RDC. Ils ont principalement porté sur l’évolution de la situation sécuritaire dans les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu, où plusieurs localités demeurent affectées par les offensives de la rébellion de l’AFC/M23, soutenue par le Rwanda, selon Kinshasa.
Cette rencontre intervient au lendemain de l’entérinement des accords de Washington entre la RDC et le Rwanda, en présence du président américain Donald Trump, et dans un climat toujours tendu malgré l’annonce d’un retrait des rebelles d’Uvira, sous pression diplomatique des États-Unis. « Les deux chefs d’État ont échangé sur la situation sécuritaire dans les zones occupées par les Forces de défense rwandaises et leurs supplétifs du M23, ainsi que sur les moyens de renforcer la coopération bilatérale entre le Togo et la RDC », indique la Présidence congolaise.
Bien que désigné médiateur par l’Union africaine, le Togo s’est jusqu’ici montré relativement discret sur le dossier congolais, notamment depuis l’implication croissante des États-Unis et de l’État du Qatar dans le processus de paix. Lomé entend désormais reprendre l’initiative diplomatique. À cet effet, le Togo prévoit d’organiser le 17 janvier 2026 une réunion de haut niveau consacrée à la cohérence et à la consolidation du processus de paix en RDC et dans la région des Grands Lacs. Cette rencontre vise à renforcer la confiance entre les parties et à harmoniser les différents cadres de médiation existants.
Selon le communiqué final du mécanisme conjoint de coordination en matière de sécurité, rendu public par le département d’État américain le 20 novembre 2025, les participants ont salué l’initiative togolaise et réaffirmé leur engagement en faveur d’une paix durable dans l’Est de la RDC.
Cette initiative togolaise s’inscrit dans la continuité des efforts internationaux récents. En coordination étroite avec le Togo et l’Union africaine, la France a organisé, le 30 octobre dernier à Paris, une Conférence de soutien à la paix et à la prospérité dans la région des Grands Lacs. Celle-ci a permis de mobiliser plus de 1,5 milliard d’euros en faveur des populations vulnérables et de soutenir la dynamique de médiation en cours.
Au-delà de l’urgence humanitaire, cette rencontre a également mis en avant l’intégration économique régionale comme levier stratégique pour une paix durable dans la région. Faure Gnassingbé a succédé au président angolais João Lourenço comme médiateur de l’Union africaine dans le conflit opposant la RDC au Rwanda. Sa désignation, validée par les instances de l’UA après consultations préalables, marque la volonté de l’organisation continentale de renforcer son leadership dans la gestion des crises africaines.
Dans l’exercice de sa mission, le président togolais devra travailler en étroite collaboration avec les facilitateurs du processus de paix fusionné de Luanda et Nairobi. Cette équipe comprend notamment Uhuru Kenyatta, Sahle-Work Zewde, Catherine Samba-Panza, Olusegun Obasanjo, Kgalema Motlanthe, entre autres, conformément aux décisions du sommet conjoint EAC–SADC du 24 mars 2025.
Alors que les armes continuent de parler sur le terrain, la médiation africaine est désormais attendue sur des résultats concrets. La brève visite de Faure Gnassingbé à Kinshasa apparaît ainsi comme une prise de contact stratégique, mais surtout comme un signal : l’Union africaine entend jouer pleinement son rôle pour accompagner les efforts diplomatiques en vue d’une paix durable dans l’Est de la RDC.
La rédaction de b-onetv.cd


